Friday, September 3, 2010

« Web city », ville du libre

octobre 21, 2009 par François Huot  
Classé dans Technologies, Économie

Internet est une mine d’or à ciel ouvert… où des milliers de logiciels haut de gamme sont disponibles… gratuitement ou pour une fraction infime de ce qu’il en coûte pour des logiciels dits propriétaires. Encore faut-il ouvrir les yeux et regarder du bon côté!

Qu’ont en commun effectivement Google, Yahoo et Amazon? Leur infrastructure – serveurs et systèmes d’exploitation –  repose sur des logiciels libres! Alors, pour vous aider à mieux comprendre comment ces outils pourraient être utiles à votre organisation, voici une introduction au sujet que l’on pourrait intituler Logiciels libres 101.

Logiciels libres!? L’expression intrigue ou suscite la crainte tant le concept de liberté est empreint d’une connotation politique (Vive le Québec libre!) alors que l’informatique nous apparaît a priori faire partie des connaissances techniques neutres sans couleur idéologique particulière. Et pourtant… il existe bien des logiciels libres. Il y en a même des milliers et ils couvrent tous les domaines et besoins pour lesquels les entreprises achètent des applications informatiques.

L’offre de logiciels libres couvre maintenant les suites bureautiques, les bases de données, les logiciels pour serveurs, les applications de graphisme, de conversion de fichiers, d’aide à la décision (business intelligence), de gestion de la relation client (ou CRM pour Customer Relationship Management), de gestion de contenu (ou CMS pour Content management system), de collaboration, etc.

Mais que sont donc ces logiciels libres? Grosso modo, ce sont des logiciels dont le code source (la recette) est public, accessible, modifiable. Le corollaire de ces grandes libertés, c’est que ces logiciels  peuvent être copiés et distribués à des millions d’exemplaires! On n’est donc pas étonné d’apprendre que le « système Google », qui compte semble-t-il (le chiffre reste secret) des centaines de milliers de serveurs, repose sur le système d’exploitation Linux dont Google aurait modifié la sauce pour satisfaire ses besoins particuliers. Ni que Yahoo, dont les données constitueraient la plus grande base de données au monde, repose sur PostgreSQL, une base de données gratuite!

Libertés de copier, de modifier, de distribuer… on le voit,  ce n’est pas tant le logiciel qui est libre que l’utilisateur. Quoi qu’il en soit, le terme « libre » indique que les utilisateurs des logiciels libres sont libérés des contraintes imposées aux utilisateurs des logiciels propriétaires, ceux qui ne sont pas libres et dont le code source est caché. Ces contraintes et restrictions, inscrites dans les licences des logiciels, sont bien connues: limitation du nombre d’installations, interdiction de copier et de distribuer, interdiction de mettre à jour le code source, etc.

Comment ça marche?

Ce qui est gratuit est souvent synonyme de traquenard, de fraude, de piège… Le logiciel libre n’échappe pas à ce sentiment de suspicion, car on se demande comment peuvent être gratuits des logiciels dont les équivalents propriétaires coûtent souvent des milliers ou des dizaines de milliers de dollars… La réponse est bien simple. Comme les journaux gratuits ou les chaînes de télévision accessibles sans aucun abonnement, les logiciels libres reposent sur un modèle économique particulier. Contrairement aux médias gratuits, ce n’est pas la publicité qui en assure le développement, mais les entreprises de services en logiciels libres. Pour ces ces entreprises, les activités de développement logiciel sont financées par le support, l’installation et les mises à jour qu’elles effectuent pour leurs clients.

Il en est ainsi parce que ces logiciels sont des produits qui ne sont jamais achevés et toujours susceptibles d’améliorations. On pourrait ajouter que les logiciels propriétaires subissent le même traitement à la différence que leurs concepteurs en profitent pour vendre de nouvelles versions comme s’il s’agissait d’un nouveau produit à chaque fois. Comme le code source est accessible à qui que ce soit dans le cas des logiciels libres, les entreprises de services qui les distribuent, peuvent aisément aller « jouer dans le moteur » pour adapter le logiciel aux besoins spécifiques d’un client ou carrément l’améliorer à son bénéfice et à celui de tous les autres qui adopteront la nouvelle version.

Ce système peut sembler un tantinet anarchique a priori, mais disons, pour « faire simple », qu’une  structure hiérarchique extrêmement bien organisée est à la tête de chaque logiciel pour évaluer et accepter les modifications aux logiciels.

Prenons l’exemple du système d’exploitation Linux et de l’action de la Fondation Linux, un consortium à but non lucratif qui préside au développement du noyau Linux. Au départ, Linux n’était  que le projet d’un seul homme, Linus Torvalds, un jeune étudiant finlandais qui, en sacré bidouilleur qu’il était, s’est lancé seul dans le développement d’un système d’exploitation inspiré du système Unix. Heureusement, il existe à l’époque (1991) des forums de discussion sur le réseau Usenet, une sorte d’ancêtre d’Internet. Constatant qu’il ne pourra achever seul le travail de titan qu’il a entrepris, Linus Torvalds lance un appel à l’aide sur ce réseau.

L’appel est entendu. En mars 1994, apparaît la version 1.0 du noyau Linux. Aujourd’hui, on en est à la version 2.6.31 et, surtout, Linux est principalement développé par quelque 1000 développeurs travaillant pour 200 grandes sociétés informatiques telles IBM, Intel, Red Hat, Novell, Oracle et Fijitsu. Les amateurs de statistiques apprécieront le fait qu’en moyenne, on enlève chaque jour 5546 lignes de code, mais qu’on en ajoute 10 923 nouvelles… À ces gros contributeurs s’ajoutent des indépendants, c’est-à-dire des « hackers » au sens noble du terme, soit des individus dont la passion et la compétence leur permettent d’apporter leur pierre à l’édifice.

Distribution gratuite aux consommateurs!

Parmi les noms des grands contributeurs, il y a Red Hat et Novell, qui sont les noms de deux « distributions Linux ». Distribution? Ce terme trouve son origine dans le fait que Linux n’est pas livré tout seul, mais vient avec toute une panoplie de logiciels et d’outils. Aussi, quand on « installe Linux », on se trouve en même temps à installer des dizaines de logiciels reliés à ces domaines : bureautique, graphisme, communication, Internet, son et vidéo, outils système, etc.

La beauté de la chose, si l’on peut dire, vient de ce que ces logiciels sont déjà configurés de telle sorte que, si l’installation est demandée en français, tous les logiciels de la distribution seront automatiquement installés en français en autant qu’une telle version existe évidemment. S’il n’y a pas de version française, ce sera la version anglaise du logiciel qui sera installée par défaut.

Au fil des ans, des dizaines de distributions, fruit du travail de groupes aux intérêts différents ou carrément concurrents, sont ainsi apparues. Cela peut sembler étrange a priori, mais ne l’est pas du tout quand on y regarde d’un peu plus près. Ces distributions sont compatibles entre elles et répondent à des besoins différents. Ainsi des distributions sont « montées » pour rouler sur de très vieux PC ou pour répondre à des besoins de sécurité extrêmes. D’autres sont élaborées pour des utilisateurs avancés alors que quelques unes, comme Ubuntu par exemple, sont volontairement conçues pour monsieur et madame tout le monde.

Si les distributions ont eu mauvaise presse dans le passé parce qu’il fallait bidouiller sous le capot, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au contraire, les distributions, du moins les grandes comme celles produites par Red Hat, Novell et Ubuntu, viennent toutes avec un système automatique de mise à jour des programmes et des pilotes. Ainsi, après une absence de quelques semaines par exemple, un utilisateur se verra souvent informé qu’il y a 100, 200 ou 300 mises à jour à effectuer; il lui suffit alors, par un ou deux clics de souris, d’accepter les mises à jour et… d’aller prendre un café en attendant que tout soit installé.

Il est même fort probable que toutes ces mises à jour ne nécessitent aucun redémarrage, car le système Linux est ainsi bâti qu’un redémarrage est nécessaire seulement quand le noyau est mis à jour.

Généralement disponibles dans des dizaines de langues, gratuits et donc installables sur de nombreux postes, adaptés pour de nombreuses plates-formes (Intel, Sparc, Itanuim, PPC, Mainframe, etc.) les logiciels libres ont le grand défaut… d’être encore trop peu connus! C’est pourquoi les gestionnaires devraient se poser une question: pourquoi mon fournisseur de services et de produits informatiques ne m’a-t-il jamais parlé de logiciels libres?

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