Saturday, July 31, 2010

Économie sociale et web social : faits l’une pour l’autre

octobre 21, 2009 par Sacha Declomesnil  
Classé dans Économie

Un secteur méconnu de l’économie est en train de connaître une ascension étonnante. Il s’agit de l’économie sociale. Bien que le web social aille comme un gant à l’économie sociale en vertu des valeurs d’ouverture, de transparence, de partage et de collaboration que véhiculent les médias et réseaux sociaux, leur rapprochement en est encore à ses premiers balbutiements, du moins au Québec. On peut supposer, sans crainte de nous tromper, que ces deux univers vont se mailler beaucoup plus étroitement d’ici peu.

A Montréal cette économie prospère et continuera très probablement de progresser. Fortement désillusionnés par les écueils de l’économie de marché qui nous a conduit à la crise actuelle, beaucoup de gens se sont tournés récemment vers l’économie sociale en voulant donner un sens à leur travail. Par ailleurs soucieux de préserver l’équilibre des finances publiques, le gouvernement se désengage graduellement de plusieurs secteurs qui lui étaient propres jusqu’ici. Il tend à laisser la place à l’économie sociale. C’est pourquoi il a soutenu justement le développement de cette économie en lançant le chantier de l’économie sociale qui finance de nombreux projets avec un fonds initial de plus de 50 millions de dollars, utilisé sous forme de prêts particulièrement avantageux.

Intégrée au tissu économique

Selon le dernier portrait statistique de l’économie sociale de la région de Montréal (pdf), publié conjointement par la Chaire de recherche du Canada en économie sociale de l’UQAM et par la Conférence Régionale des Élus de Montréal en octobre 2008, l’économie sociale regroupait plus de 60 000 emplois dans 3590 établissements qui brassaient 2 milliards de dollars, ce qui correspond à la moitié de l’ensemble de l’économie sociale québécoise, du moins en termes d’établissements et de chiffre d’affaires. Quand on constate par ailleurs que chez nos voisins du Sud, la Fondation Bill Gates vient d’annoncer  la création d’un fonds d’investissement social similaire à notre Chantier, mais avec 400 millions de dollars à préter, on ne peut qu’être optimiste quant à l’avenir de cette économie. Que son essor provienne en partie des goussets de l’homme le plus riche du monde nous apparaît par surcroit un juste retour des choses.

Chacun transige régulièrement avec l’économie sociale sans forcément s’en rendre compte. Les YMCA, le mouvement Desjardins, le Café Campus, Taxi Coop et le cinéma Beaubien en font partie. Il n’existe potentiellement aucune limite aux champs d’activité que peuvent occuper les entreprises sociales. Elles se distinguent plutôt à leur principes et règles de fonctionnement :

  • l’entreprise d’économie sociale a pour finalité de servir ses membres ou la collectivité plutôt que de simplement engendrer des profits et viser le rendement financier;
  • elle a une autonomie de gestion par rapport à l’État;
  • elle intègre dans ses statuts et ses façons de faire un processus de décision démocratique impliquant usagères et usagers, travailleuses et travailleurs;
  • elle défend la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition de ses surplus et revenus;
  • elle fonde ses activités sur les principes de la participation, de la prise en charge et de la responsabilité individuelle et collective.

Ce qui est très intéressant avec les entreprises d’économie sociale, c’est qu’elles réalisent leur double mission en offrant des solutions créatives, innovatrices et adaptées aux besoins des individus et des collectivités. Et en temps de crise, cette innovation est réputée avoir une plus grande importance encore.

Faits l’un pour l’autre

C’est tout naturellement que les entreprises de l’économie sociale se tournent vers les outils 2.0 et vers le web social pour attirer de nouveaux membres, développer de nouveaux marchés et sensibiliser le monde à sa cause. Par exemple, le mois de Novembre a été décrété mois de l’économie sociale et solidaire en France. Cet évènement possède bien évidemment son site web , mais aussi son groupe Facebook.

Au Québec, les regroupements d’économie sociale ont aussi débarqué sur Facebook récemment. Le Chantier Économie Sociale et le portail Économie Sociale Q uébec y ont ouvert des comptes. Cette présence est toutefois encore modeste par rapport à l’importance du secteur dans l’économie québécoise. On n’a qu’à se référer à ce qui se passe aux États-Unis où les manifestations de l’économie sociale abondent sur le web social. Elles y occupent sans nul doute une place plus importante que leur poids correspondant dans le monde réel. Bien que le mouvement coopératif soit moins important aux État-Unis qu’au Québec, on y remarque par contre un très fort dynamisme en provenance des organisations philanthropiques et une poussée de l’économie sociale grâce à la jonction avec le développement durable et les associations environnementales.

Le web social a effectivement tout pour séduire les acteurs de l’économie sociale qui disposent de relativement peu de moyens et ne peuvent pas par conséquent s’offrir de couteuses campagnes télévisées. Souvent ces entreprises sociales n’ont qu’un faible capital de départ, mais elles bénéficient de bénévoles prêts à s’impliquer et à diffuser leur cause sur les réseaux sociaux. Ces entreprises sont les plus susceptibles de trouver des gestionnaires de communautés motivés, disponibles et passionnés. C’est tout naturellement qu’elles peuvent prendre d’assaut les médias sociaux et tirer profit des Facebook et Twitter de ce monde.

En guise d’amorce

On l’oublie trop souvent, mais la première étape, le passage obligé de toute stratégie de présence sur les médias sociaux, est constituée par une phase d’écoute. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’intervient la participation. Celle-ci peut se faire via de nombreux outils, et en plusieurs étapes également. Au cours des prochains articles, de plus amples stratégies seront étudiées et des cas d’études seront présentés afin de montrer comment les entreprises de l’économie sociale et les OSBL parviennent à tirer leur épingle du jeu sur les médias sociaux.

Précisons encore que les réseaux sociaux, s’ils peuvent parfois être utilisés pour lever des fonds, ne sont pas l’outil le plus efficace, loin de là. pour ce faire. Celà fera l’objet d’un autre article plus détaillé. Notons seulement ceci pour l’instant : si l’application « Causes » de Facebook a permis de récolter plusieurs centaines de milliers de dollars, il reste que les chiffres sont assez faibles lorsque comparés à l’ensemble des causes présentes et au bassin de 350 millions d’habitants de Facebook.La beauté de l’application réside essentiellement dans la création du buzz, dans la promotion de l’organisme et de son action, dans le but, plus tard, de lever des fonds de manière plus traditionnelle, avec des résultats décuplés.

Il en va de même pour les autres réseaux sociaux. Ainsi le dernier chouchou du web, Twitter, parvient lui aussi à créer des opérations de levée de fonds, bien que là non plus, ce ne soit pas la raison première pour les entreprises sociales d’y maintenir une présence. Mentionnons le Twestival de Montréal, (une rencontre physique de personnes ayant un compte twitter et partageant le goût et l’ambition de donner et de s’impliquer pour une bonne cause). Au mois de septembre dernier, en dépit de son succés de participation et de communication, ce Twestival n’a récolté que 2000$ pour l’organisme À deux mains.

Conclusion : une question de confiance

Finalement, utiliser le web social, au Québec, en France, ou n’importe où dans le monde permet d’abord et avant tout de défendre une cause en particulier, d’échanger, de partager, de s’impliquer et de relayer notre engagement à notre entourage physique. L’effet boule de neige du web social est bien réél pour les entreprises sociales. Elles ne doivent cependant pas oublier que la monnaie-étalon sur le web social n’est pas le dollar, mais bien la confiance. Établir cette confiance au fil d’une discussion transparente est le gage d’une politique de collecte de fonds plus efficace sur le long terme. Le long terme est une notion que notre monde moderne tend à sous-estimer. Comme les intervenants en économie sociale privilégient davantage le durable que le profit immédiat, ils ne peuvent que s’en réjouir.

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