Twitter au menu
octobre 24, 2009 par Suzanne Lortie
Classé dans Marketing et communication
Le jour de mai 2009 où le chef Ricardo Larrivée a « retwitté » un micro-message de Michelle Blanc, experte en marketing 2.0 sur Twitter, ce n’était pas pour faire lire à ses centaines de fidèles un nouveau billet sur la fascination que Loïc Le Meur suscite chez les technogeeks et les marketeurs. C’était pour recommander la super recette de sauce Ragu Bolognese que Michelle venait de publier sur son blogue d’affaires.
Il semblait presque évident pour les experts qu’un jour deux univers en apparence si différents se retrouveraient autour du bon gros spaghetti que le fil d’actualités en temps réel Twitter est devenu depuis quelques mois. Un plat nourrissant, consistant, vitaminé et raffiné tout à la fois, selon l’appétit et le goût du gastronome ou du fricotteur du dimanche.
Toutes calories unies
Mais il a fallu que bien des chefs s’en mêlent pour que l’internaute moyen, non geek, non initié en technophilie, mais gourmand, apprenne à déguster à la carte ou en table d’hôte le menu Twitter. Les amoureux de la bonne bouffe, autrefois confinés au statut de réseau social de niche, sont maintenant légion sur les médias sociaux, et Twitter est en voie de devenir un grand marché de primeurs low-tech, d’humeurs épicuriennes et d’humour culinaire en temps réel.
Déjà nombreux sur Facebook, les « foodies » et les affamés sont en train d’apprivoiser le meilleur de Twitter à date, la proximité. Plus léger qu’un site web, plus efficace en temps réel que Facebook, moins astreignant qu’un blog; moins de « techno geek », plus de vraie vie.
Le grand public est en train de tranquillement découvrir à travers ce site de micro-blogging les saveurs du jour des médias sociaux. Au bout du portable ou à l’écran au bureau, quand la faim sonne la cloche vers 11 :00, ou quand les enfants posent la question qui tue (qu’est-ce qu’on mange pour souper ?), on n’est jamais pris au dépourvu.
Voici que Twitter propose maintenant à la carte : des recettes en 140 caractères, des photos de l’ardoise du jour de son restaurant du coin, le commentaire acerbe d’un critique, les primeurs des producteurs, une alerte à fournée, un banc-test du nutritionniste, des escapades gourmandes et recommandations restos, un journal de bord de starchefs, etc. Les amoureux de la bonne bouffe sont servis. Comment digérer le tout ? En retournant aux sources, à la cuisine du marché, et en arrêtant de s’imaginer que Twitter n’est qu’une histoire de geeks.
En juillet dernier, sur le blog de Vendeesign, on pouvait lire : « Twitter alimente les projections les plus folles depuis déjà quelques temps. A défaut de trouver un business model digne de ce nom, le service de micro-blogging suscite un engouement indéniable. Ceux qui fréquentent les blogs high-tech le savent ! Entre analyses, nouveaux services, applications diverses ou encore outils de monitoring, Twitter se taille la part du lion. Oui, mais… Twitter reste avant tout utilisé par les early-adopters, geeks, travailleurs du web et autres curieux…Sera-t-il un jour grand public ? C’est possible. Avec l’entrée de Twitter dans le local, ce sont des usages totalement différents qui émergeraient. Plus pratiques et concrets, ils s’éloigneraient de l’outil de veille et de réseau qu’il est actuellement pour plus coller aux préoccupations des gens.»
Effet Pavlov !
La bouffe a l’immense avantage de faire image, de susciter émotion, désir et créativité, même en 140 caractères, et il y a fort à parier que l’utilisation du micro-blogging est en passe de devenir un outil très efficace de fidélisation des amateurs … à Twitter. Au Québec, le développement de la présence des amoureux de la bouffe a suivi le même parcours qu’ailleurs dans le monde : arrivée des grands sites de marques sur Internet, suivie des journaux, puis des vedettes. Nous en sommes à voir le déploiement de ces outils pour les petits commerces.
Pour l’internaute-mangeur moyen, qui fréquente déjà les sites d’un Jamie Oliver, d’un Ricardo Larrivée, de Suggestions des chefs, de Food Network, de Banlieusardises ou de Cyberpresse, le saut vers Twitter ne signifie plus sauter dans l’inconnu. Cela signifie maintenant se lancer à la découverte. Qu’ils soient du Québec ou d’ailleurs, les twitteurs de la bonne chère ont une verve superbe et leurs petits haikus font les délices de leurs fans. Voici quelques exemples glanés sur le vif :
Au repas ce soir, magret de canard, blé d’inde et mousse au chocolat a la fève tonka…(@CedricFontaine, e-commerçant avec Terroirs Québec)
attablée au Sleepless Goat devant un énorme bol de café au lait et une omelette tomate-feta. Étrange sentiment de liberté.(@blanchemaynard)
Souper de saumon poché avec poireaux, épinard et riz sauvage aux champignons! Motivée la madame en ce dimanche soir! (@gchalifoux, blogueuse sur www.pretextes.ca)
Boucle locale
Une des voies les plus prometteuse pour Twitter –et certainement une des raisons expliquant son succès chez les foodies – est le fait de miser sur le « terroir » de ses abonnés. Twitter a un potentiel de portée locale fabuleux. Les exemples d’utilisation de Twitter par des petits commerces soucieux de fidéliser leur clientèle commencent à se multiplier. Les exemples de Bakertweet, ce boulanger qui envoie un tweet à chaque fois qu’une fournée de pain sort du four, ou de Coffee Groundz, un bar de Houston, commencent à faire des émules un peu partout, et il est grand temps que le Québec s’y mette.
Marc-André Royal, (@marcroyal) du St-Urbain à Montréal, est un très chouette exemple de tout le potentiel qu’offre Twitter aux petits commerces locaux et à leurs clients : il affiche quelques fois le matin une photo de son menu du jour sur l’ardoise du resto, interagit avec Lesley Chesterman (@lesleychesterman), critique à la Gazette, et discute avec Michael Smith (@chefMichaelsmith), une des stars du FoodNetwork, sur Twitter. Des petits producteurs, comme Josée Gauthier des Bergeries du Fjord du Saguenay (@lafromagere), ou Bruno Lamarche, torréfacteur de Sherbrooke (@cafévrac) ont décidé de rajouter Twitter à leur coffre d’outils marketing, avec succès.
On retrouve donc déjà ici des gens et des entreprises très novatrices dans tous les secteurs de l’agroalimentaire, de la restauration, des médias et du tourisme gastronomique, mais beaucoup de créneaux ne demandent encore qu’à être exploités. Twitter est un formidable accélérateur d’expansion de réseaux. À titre d’exemple, les messages de ces twitters peuvent être repris par Cong-Bon (@CongBon ), le chef/blogueur des éleveurs de poulet du Québec, qui est aussi en interface avec France de Suggestions des chefs (@suggestionchef), un portail qui recense recettes et plus de 1800 sites et blogues de cuisine. Mais voilà que ces derniers ont aussi un échange sur les coupons-rabais Cuisinart, sans compter les références que Cong-Bon renvoie dans le Twittespace sur les billets du Réseau de veille en Tourisme de l’UQAM (@veilletourisme) et sur Bob le Chef (@boblechef), un chef-skater qui fait de la webtélé. Compliqué ? Pas vraiment. Un gros party Tupperware dont on peut éteindre certaines voix au bout d’un clic de souris.
Effet multiplicateur
L’effet de levier de Twitter pour les petits commerçants, réside encore beaucoup en ce moment dans le nombre et la qualité des mentions qui sont faites de leur nom ou de leur marque dans les messages affichés par les influenceurs, et les « connecteurs » sur les médias sociaux. Voici ce que Michelle Blanc raconte sur un de ses tous derniers billets :
La semaine dernière j’étais à Rimouski pour donner une conférence. La veille de celle-ci, j’ai été reçue comme une reine par ma cliente, Sylvie Roy du Groupe Vagabond, qui vint me chercher à l’aéroport, m’accompagna à l’hôtel puis m’invita au resto Bistro L’Ardoise. J’y fus si bien reçue et l’assiette était d’un tel délice et d’un montage artistique si raffiné que je m’empressai de twitter et de facebooker :
ai mange un succulent jarret d’agneau risotto chanterelle au Bistro l’Ardoise de Rimouski et jase avec le chef Alexandre Bouffard
Le lendemain, lors de ma présentation, je parlai aussi de l’importance de la passion et du fait que si on peut mettre sa passion en ligne, ça coûte moins cher de marketing (…). À ce moment-là, je parlai de nouveau du resto Bistro l’Ardoise. Or un peu plus tard, on me posa la question : mais en région, pour ceux qui n’ont pas le Web ou qui n’ont que la basse vitesse, que pouvons-nous faire? (…) Je répondis pas une boutade du genre : il existe toujours les signaux de fumées ou le télégramme. Il est vrai que si quelqu’un n’a pas accès à l’infrastructure Internet, ce n’est pas évident de faire du marketing avec ça. Il est aussi de plus en plus clair que les gouvernements se doivent d’offrir des services Internet et cellulaires à la grandeur du pays et à des coûts raisonnables et que ça va avoir un impact majeur sur le reste de l’économie en général et de l’innovation en particulier.(…)
N’empêche que même sans Internet pour tous, et même en région, les gens qui ont accès au Web peuvent créer un impact significatif sur un petit commerce. D’ailleurs, même les gens hors de la région peuvent aussi s’intéresser à ce qui se passe ailleurs (parce qu’ils voyagent) et augmenter potentiellement le chiffre d’affaires d’une petite entreprise régionale comme le démontre ce prochain Twitt, écrit de l’autre bout de la province, Gatineau :
La commentaire de la propriétaire de l’Ardoise à propos de ce billet a été publiée sur le blogue de madame Blanc.
Bonjour Madame Blanc,
Votre passage dans notre vie, en une journée, à déjà eu beaucoup plus d’impact que notre contrat annuel chez Astral Média. Cela semble peut être anodin pour vous, mais pour des gens pour qui la passion première n’est pas la pub mais recevoir des gens, bénéficier d’un tel appui médiatique, de la part d’une personne que nous respectons autant, vaut de l’or pour nous. De plus, nous avons dû remettre du jarret à braiser cette nuit à cause de vous…
Est-ce qu’une solution « Michelle Blanc » est à la portée de tous ? Pas encore tout à fait, malheureusement, comme le mentionne Sylvain Carle, de Praized Media, un chef de file en développement numérique, « pour chaque restaurant chouette de Rimouski, il n’y a pas assez de Michelle Blanc, avec ses conférences, son lectorat de blogue et de Twitter. »
Mais ça sent bon, non ?




Très bon billet tout en profondeur, en nuances et en découvertes surprenantes sur un thème que je connais peu.
Cela me réconforte dans l’idée même de l’importance du blogue dans le vaste univers du web 2.0. C’est bien Twitter (avec ses 140 caractères)et Facebook mais des bons contenus (comme cet article) sont plus que nécessaires pour « alimenter » nos réflexions…
» http://twitter.com/MenuPension
Très bon article! Nous venons justement de faire un répertoire des foodies montréalais, amateurs et connaisseurs à suivre sur Twitter! http://bit.ly/2HxJKF quelle coïncidence!
Fascination de monsieur Loic lemeur ? On rêve… Nous français sommes bien content que cet arriviste né et opportuniste se soit expatrié aux US.
@lambday,
Nous n’avons pas supprimé ce commentaire parce qu’il illustre bien ce qu’il ne faut pas faire.
Commenter un billet de blogue pour promouvoir votre entreprise serait une bonne technique marketing si, au moins, votre intervention était enrichissante plutôt que de se limiter à mettre un lien. Parlez-nous de l’utilisation du Web dans votre secteur d’activité. À la prochaine.
Bonjour,
Pour commencer ou étendre votre réseau sur Twitter, je vous propose une liste de comptes eTourisme en France, voir mon article ici :
http://www.blog-etourisme.com/outils/micro-blogging/a-suivre-sur-twitter-la-liste-etourisme-en-france-specialistes-et-destinations-492
Bravo pour cet article et le champ lexical, ça donne presque faim
Très bon article de fond sur une tendance qui arrive aussi au Québec. Il existe déjà ici de nombreux blogs culinaires ici mais jusqu’à présent le marché était la France pour eux.
Il y a une vraie tendance au Québec sur le « manger local » et la mise en valeur des produits locaux. Twitter permet de faire passer le message rapidement et a des personnes qui aiment généralement bien manger.
Ça va m’arriver de mettre mon grain de sel. Dans un billet parlant de bouffe, c’était inévitable.
Je signale le lien suivant aux restaurateurs : http://deepdishcreative.com/wordpress/twitter-for-restaurants/
Il s’agit d’un guide pensé spécifiquement à l’intention des restaurateurs par une designer web après s’être rendu compte que ses clients dans le domaine étaient démunis face à l’outil, ne sachant trop par quel bout prendre la bête. Lara Dickson est spécialisée en design appliqué à la restauration et au tourisme depuis une vingtaine d’années. Elle sait de quoi elle parle.