Deux mondes à part : le papier et l’écran
octobre 26, 2009 par Suzanne Lortie
Classé dans En survol, Économie
Pour le commun des mortels, la disparition d’un journal du Colorado à l’aube de son 150ème anniversaire, c’est l’arbre qui tombe au milieu de la forêt. Racontée par John Temple, rédacteur en chef et éditeur du Rocky Mountain News, c’est l’histoire de décideurs brillants, de journalistes primés de Pulitzer, qui, paradoxalement, n’ont jamais lâché prise.
Conférencier au Webcom 2009 à Montréal jeudi dernier, John Temple est venu raconter comment la tension entre le maintien d’un ancien modèle d’affaires et la nouvelle donne du Web a amené son entreprise vers la paralysie. Si la crise économique a donné le coup final, toutes les composantes du RMN –sur papier, comme sur Internet – sont mortes de gel, ou d’asphyxie.
Temple en tire plusieurs leçons qu’il espère transférables ailleurs en rappelant qu’à travers la guerre que son journal et le Denver Post se sont livrés pendant des années, la crise aurait pu très bien tuer son compétiteur tout aussi bien. Malgré toute la notoriété, l’attachement à la marque, et la crédibilité de son journal, ce sont des décisions en amont de la crise qui ont fragilisé son entreprise.
En dépit de l’arrivée sur le Web de versions embryonnaires au départ, mais très actualisées dans les dernières années, le RMN n’a pas survécu. Selon Temple, toutes les composantes de l’entreprises ont été myopes : mauvaise identification de la concurrence, refus de constater que ce sont les consommateurs qui contrôlaient le marché, peur de la cannibalisation des revenus de la version papier par la version électronique, peur de l’intervention des lecteurs dans les contenus, refus d’utiliser les bons outils pour mesurer succès et erreurs.
Mais surtout, les dirigeants, les journalistes et les employés de soutien n’ont pas laissé la version web du journal se libérer de la culture de la version papier. Ainsi, ils ne se sont pas donné les moyens de recommencer ailleurs ce qu’ils savaient le mieux faire : être trouvés, lus, et reconnus par des lecteurs… qu’ils n’ont peut-être jamais perdus.
Pour en savoir plus, voir l’article de Stéphane Bergeron dans Le Devoir.


