L’« Approche Design » : une méthodologie pour générer l’innovation (1 de 2)

La gestion de projet devient de plus en plus une science, mais la gestion de projets créatifs n’en est qu’à ses débuts pour sa part. Grâce au Project Management Institut et à la certification PMP, les gestionnaires de projets partagent maintenant leurs meilleures pratiques pour nous livrer des projets à temps qui respectent aussi les attentes. Dans un projet créatif, la difficulté est de livrer une solution encore inconnue au début. La difficulté est de gérer l’innovation. Faire correctement les choses ne suffit plus. Nous devons savoir comment livrer les bonnes choses, être efficients et non seulement efficaces. Mais il n’est pas toujours facile de créer un environnement propice à l’innovation. Sur ce plan, nous avons beaucoup à apprendre des designers.
L’« Approche Design », connue sous l’appellation « Design Thinking » en anglais, est un processus pratique et créatif qui vise à améliorer les résultats recherchés. C’est un processus de gestion de l’innovation qui s’inspire de la façon dont les designers et autres créatifs trouvent des solutions. Si vous avez travaillé avec des designers, vous savez qu’ils sont heureux lorsque la solution est inconnue au début du projet. Pour eux, c’est là que réside le défi.
Les designers ont dû créer une méthodologie de gestion de projet qui favorise les solutions créatives tout en respectant les contraintes de base (séance d’information, budget, délai). Roger Martin, doyen de la Rothman School of Managent, et Tim Brown, CEO de IDEO, disent tous deux que les gestionnaires devraient s’inspirer de la façon dont travaillent nos designers. J’y crois également profondément.
Il ne s’agit pas de devenir designer mais de savoir penser comme eux pour trouver ses solutions innovatrices. D’accepter d’utiliser son hémisphère droit et non seulement gauche dans la gestion d’un projet. Voici sept caractéristiques de la pensée des designers qui vous aideront à développer des solutions innovatrices.

1. Trouver des solutions centrées sur l’usager
C’est un lieu commun de dire que les projets innovateurs doivent être centrés sur l’usager, mais pour les créatifs, c’est au cœur de leur façon de travailler. Un bon designer ira au-delà de la commande initiale afin de comprendre le véritable besoin. Il recherchera la perle ou l’intuition qui l’amènera à la meilleure solution. Il lui faudra saisir cette petite étincelle de conscience qui permet de connecter avec la motivation profonde de l’usager.
Il est à noter que le but n’est pas de respecter la perspective du client ou du patron, mais bien de l’usager. Dans plusieurs organisations où règne l’insécurité et où les têtes tombent au quart de tour, les salariés finissent souvent par encadrer leur inspiration en fonction des dirigeants et non des utilisateurs…
2. Recherches empathiques et pas seulement empiriques
On peut faire dire n’importe quoi ou presque à une recherche. Il est important d’avoir certaines statistiques pour avoir une vue d’ensemble de notre groupe cible. Les designers et créatifs vont souvent franchir un pas de plus et tenter de se glisser dans la peau des futurs utilisateurs. De ressentir ce que le groupe cible ressent afin de mettre de la chair sur les statistiques. Idéalement, ils suivront le cheminement du groupe cible et vivront son expérience. C’est d’ailleurs une des clés de l’innovation créative, mais trop souvent jugée superflue.
3. Miser sur la friction créatrice
Les créatifs acceptent de travailler avec des gens aux perspectives et origines différentes des leurs. Nous filtrons tous notre réalité à travers les lentilles de nos expériences. Devant la même situation, différentes personnes percevront différentes choses. Et c’est très bien ainsi ! Avoir différentes perspectives permet de trouver plusieurs solutions au sein d’une même équipe.
Le défi pour les gestionnaires est d’accepter la « friction créatrice ». Si tous ne pensent pas pareil, on doit s’attendre à ce que les individus éprouvent parfois de la difficulté à collaborer. C’est normal et sain qu’il y ait des désaccords dans un processus de création. Rechercher l’harmonie parfaite équivaut à rechercher que tous pensent de façon similaire et de ce fait à limiter grandement l’innovation.
4. Voir les contraintes comme un jeu
Les gestionnaires voient souvent les contraintes comme des ennemis tandis que les créatifs y voient des éléments qui rendent le jeu plus intéressant. Par exemple, le manque de budget est une contrainte commune qui n’affecte pas les créatifs. Ils y voient normalement un défi de plus. C’est souvent dans ces dossiers que les équipes se dépassent pour trouver des innovations.
5. Penser de façon logique et … intuitive
Les créatifs se permettent de former des hypothèses de façon intuitive en faisant des liens entre des idées ou objets qui à première vu n’ont aucun rapport. La méthode implique d’accepter qu’au début d’un projet, on ne doive pas porter de jugement. Les créatifs savent que la qualité peut surgir au milieu de la quantité. En étant trop sélectifs au début, nous nous coupons de solutions inattendues. Un bon designer utilisera d’abord l’intuition pour accoucher d’un maximum de nouvelles idées et puis dans un deuxième temps, il utilisera la pensée logique pour sélectionner celles qui ont le plus grand potentiel de succès.
6. Processus de découvertes dans le concret plutôt que l’abstrait
J’ai vu souvent des designers prendre un bout de papier et commencer à dessiner alors que les autres parlaient de façon abstraite d’une stratégie. Ils sortaient un bout de papier et disaient « Comme ça ? » Même s’ils n’avaient pas toujours la réponse exacte, ils contribuaient ainsi grandement à trouver la solution finale. Il est tellement facile de se perdre en stratégies abstraites et en discussions. Un bon créatif va expérimenter, faire des prototypes bruts et tester la direction avec ses clients, ses confrères et même le groupe cible.
7. Rechercher les projets cool et non la stabilité
Avoir un gros client institutionnel est une bénédiction autant qu’une malédiction pour un designer. C’est une bénédiction parce qu’il pourra travailler sur de nombreux projets, et une malédiction parce qu’ils se ressembleront tous. Ils recherchent plutôt des projets cool, des projets qui ont des contraintes, mais qui permettent au designer de s’exprimer. Les designers vont ainsi préférer une succession de projets cools plutôt que la stabilité.
En appliquant ces sept caractéristiques au processus de gestion de vos projets créatifs, vous accroissez les chances qu’ils débouchent sur de véritables innovations.
Suite la semaine prochaine.
Cahier gratuit de 36 pages sur les réseaux sociaux en affaires.








13:50
Très bonne description de l’approche Frédérick. On rêve de voir cette approche adoptée par les firmes de développement. Chaque projet pourrait alors débuter par une véritable phase de conception qui réunirait tous les intervenants (y compris le client).