Les internautes plutôt perplexes quant aux contenus payants en ligne
novembre 18, 2009 par Vallier Lapierre
Classé dans En survol, Sondages et statistiques
Les médias établis ou aspirants au titre auront de la difficulté à déterminer si le modèle d’affaires reposant sur la vente de leurs contenus en ligne tient la route aux États-Unis. Des sondages produits récemment par Forrester Research et Boston Consulting Groupe (BCG) apportent un éclairage passablement différent à leur problématique.
Rappelons que, selon une enquête de l’American Press Institute, 58% des médias américains envisagent de vendre leurs contenus pour réduire l’impact de la baisse de publicité sur leur support traditionnel et du volume insuffisant que leur rapporte cette source de revenus en ligne. Le quart des médias ont l’intention de procéder à ce changement au cours des prochains six mois.
S’il se concrétise, ce virage contrastera avec la situation actuelle alors que 90% des répondants au sondage de l’API affirment offrir leurs contenus gratuitement et que seulement 3% d’entre eux possèdent un système de paiement pour leurs contenus. Les directions de médias y penseront à deux fois s’ils se fient aux chiffres de Forrester et persisteront plus facilement dans leur décision s’ils accordent plus de confiance aux résultats dévoilés par BCG.
Les consommateurs rejoints par Forrester affirment à 80% être opposés à payer pour accéder à des nouvelles en ligne alors que ceux atteints par BCG, au nombre de 5 000 dans neuf pays, se montrent intéressés à 48%, parmi les seuls gens sondés aux Etats-Unis, à acheter de l’information sur Internet ou à partir de leur appareil mobile. Le découpage des gens volontaires pour payer selon Forrester n’aide pas tellement à y voir clair puisque 8% des répondants opteraient pour une formule qui leur donnerait accès à tous les contenus offerts en ligne et qu’un autre 8% aimeraient que les médias leur offrent des abonnements valables pour tous leurs supports.
Malgé leur taux de réponse élevé en faveur de contenus payants, les résultats de BCG aux Etats-Unis sont les plus bas observés dans les neuf pays. Ce même taux s’élève à 60% dans plusieurs pays d’Europe occidentale. De plus, le montant moyen que les sondés veulent dépenser par mois est le plus bas aux Etats-Unis à 3 $ alors que les Italiens se disent prêts à dépenser au moins 7 $ pour des contenus dans le même laps de temps.
Selon John Rose, associé à la tête des recherches pour l’industrie des grands médias à BCG, les intentions différentes des consommateurs américains sont dues au plus grand nombre de sources d’information gratuite aux Etats-Unis. Habitués à payer pour accéder à l’information qu’ils désirent, les Européens se montrent effectivement davantage intéressés à débourser encore plus s’ils perdent l’usage de médias gratuits jusqu’ici.
On doit conclure que le portrait n’est pas nécessairement rose pour autant dans le cas du sondage de BCG puisque les Américains ont un budget très peu élastique à consacrer à l’achat de contenus. Ils n’accrocheront pas à toutes les offres qui se présenteront.
Note : Le marché des contenus payants s’adressant au grand public est passablement différent de celui que rezopointzero compte desservir. Même en Amérique du Nord, les entreprises sont habituées à payer pour des contenus professionnels leur prodiguant conseils et études de cas dans toutes sortes de domaines. Les médias intéressés à consulter la recherche de Forrester devront d’ailleurs débourser 749 $ pour accéder au rapport complet.




Le danger serait que le web se résume, pour certains, à une plate-forme marchande..
Bonjour et merci de relayer ces informations qui viennent alimenter le débat concernant le futur de la presse en ligne.
A la suite de la lecture, je me pose 2 questions :
> Qu’est ce qui explique cet écart entre les 2 études ? La taille du panel ?
> Les Italiens seraient prêt à payer plus pour du contenu. Cette différence ne s’expliquerait elle pas par une différence de maturité ? Les américains ont à priori un usage du web plus poussé que les italiens…
Je ne sais pas si vous avez des chiffres à apporter mais peut être un sentiment ?
Merci d’avance
Bonjour ou plutôt bonsoir Greg,
Faute d’être payants, les contenus produits par des gens payés pour les créer vont devoir être financés d’une façon quelconque. Il va y avoir énormément de contenus appuyés par des fondations ou produits par des OBNL. C’est de ce côté-là que la liberté d’expression va se creuser probablement un canal encore plus fort que dans les médias traditionnels. C’est déjà commencé aux États-Unis.
Je ne crois pas à une place marchande pour des contenus payants qui visent la masse. Au Québec, notre plus important journal en terme de circulation, le Journal de Montréal, est frappé par une grève de ses journalistes depuis plusieurs mois. Le journal est produit par les cadres qui recyclent des textes produits par les autres entités du groupe de presse Quebecor. Aussi inouï que ça puisse paraître, les lecteurs ont affirmé dans un sondage n’y voir aucune différence. Il y a une majorité des gens qui consomment l’information comme une commodité. Ils n’ont aucun repère pour discriminer ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Ça va être très difficile de leur vendre de l’information s’ils sont capables d’en avoir de la gratuite le site à côté. C’est pourquoi l’empire de M. Murdoch, reposant davantage sur des titres grand public que des sources pour l’élite financière comme le Wall Street Journal, est bien mal placé pour effectuer sa conversion à l’Internet payant.
Les médias à contenus payants doivent être taillés sur mesure pour répondre à un besoin précis rencontré par des gens prêts à payer. Sur cet autre plan, il y a déjà plein d’exemples aux États-Unis. Ce sont des produits de niche. On en entend moins parler naturellement que des médias de masse que tout le monde connaît. Et le plus souvent, la différence entre ces sources d’information et un service-conseil spécialisé dans le même domaine est très mince. eMarketer, à partir d’une approche media, et MarketingProfs ou MarketingSherpa, à partir d’une approche service, offrent des contenus qui se rapprochent plus qu’ils se distinguent.
À Sylvain,
La différence entre les deux sondages pourrait être due à deux choses : la taille de l’échantillon ou des questions formulées de façon très différentes. Dans les sources portant sur l’enquête de Forrester, on ne parlait pas de la grosseur de l’échantillon. Sinon, je l’aurais noté et j’aurais comparé avec celui de l’enquête du Boston Consulting Group, quoique l’on sache seulement que ce dernier est de 5 000 dans neuf pays. Les échantillons ont sûrement quelque chose à voir.
Ce qu’il faut retenir d’un tel incident, c’est qu’il faut toujours toucher du bout des doigts à ces chiffres et s’y fier justement un peu plus seulement quand ils ne se contredisent pas, quand plusieurs boîtes arrivent aux mêmes conclusions. Dans le cas des sondages sur la volonté ou non des consommateurs de payer pour des contenus, je crois qu’il y a beaucoup de chances qu’on assiste à des enquêtes aussi différentes les unes des autres que des pommes et des oranges.
Quant à la différence entre les Américains et les Italiens, je crois qu’en plus de la différence d’offre (due effectivement à l’utilisation plus intensive de l’Internet par les Américains), il y a aussi une différence culturelle. Les Européens sont habitués à payer plus cher pour leur information parce que la publicité y constitue une moindre part des revenus de leurs médias. Proportionnellement, ils achètent aussi beaucoup plus d’information professionnelle (souvent en provenance des États-Unis) que les Nord-Américains. Ça fait partie de leur culture.
Voilà c’est tout. C’était quand même juste un billet court.