Guy Kawasaki, « Il n’a jamais été aussi facile de démarrer une entreprise. »
novembre 20, 2009 par Vallier Lapierre
Classé dans En survol, Économie
Guy Kawasaki doit faire plus d’argent avec ses conférences qu’avec ses livres ces temps-ci. Il est arrivé à Montréal hier après 23 heures de vol en provenance de RIO pour clôturer la soirée Rendez-vous 09 avec un rhume carabiné.
Rien n’y parut à part un tweet suppliant pour qu’on lui fournisse un tissu mouchoir. Il a mis la foule dans sa poche en affirmant avec énormément d’humour que nous vivons à une époque formidable (profitant de l’occasion pour parler de son amour réel du hockey autant qu’il voulait et flatter en même temps l’assistance dans le sens du poil). Tout son propos n’a consisté à dire qu’« il n’a jamais été aussi facile de démarrer une entreprise. »
Sans camoufler son allure clownesque dont il joue sans honte, il a donné sa recette en n’omettant surtout pas d’exagérer. C’est plus facile à faire comprendre en noir et blanc.
Voici comment démarrer une entreprise en 2009 selon Guy Kawasaki :
1- Concevez un produit ou service que vous voudriez utiliser vous-mêmes.
Il ne faut pas se fier aux enquêtes de marché. Elles vous diront de fabriquer une version X d’un produit existant. Steve Jobs et Steve Wozniack (petit coup de chapeau à son Alma Mater) n’ont pas agi autrement quand ils ont voulu s’offrir leur propre ordinateur personnel.
2- Payez zéro dollar pour des outils
Avec les gestionnaires de contenus (CMS), des bases de données, des utillitaires de tout acabit accesssibles gratuitement ou presque en code source libre, il est devenu possible de mettre au point des services sophistiqués à des coûts dérisoires.
3- Payez zéro dollar pour du marketing
Avant, il en coûtait au moins 2 millions $ US juste pour lancer un produit aux Etats-Unis (20 000 $ par mois en relations publiques, 250 000 $ pour un kiosque dans une expo importante, etc.). Maintenant, on peut commencer sans un sou sur Facebook et dans Twitter.
4- Frayez avec le monde
En choisissant des mots beaucoup plus vulgaires pour le dire en anglais, M. Kawasaki a souligné que l’avis du critique du Wall Street Journal n’avait plus autant d’importance qu’avant. Il peut être plus payant de rejoindre les « nobodys » qui le feront savoir à des milliers d’autres « nobodys »,
5- Utilisez Twitter/Tweetmeme
Pour une fois, on parle d’un cordonnier bien chaussé. Certains diront un peu trop. M. Kawasaki a déjà été obligé d’admettre qu’il n’est pas seul à animer son compte Twitter dont tous les messages renvoient à son agrégateur Alltop. Tweetmeme ajoute un effet multiplicateur à l’impact de base de Twitter.
6- Payez zéro dollar pour du personnel
Se défendant de vouloir suggérer d’exploiter les employés, M. Kawasaki n’en reste pas moins fidèle à ses origines américaines pour souligner que le contexte actuel fait en sorte que le personnel coûte moins cher. Il n’a pas trop insisté sur ce point.
7- Placez vos billes dans les nuages
Il est maintenant possible de délocaliser ses systèmes informatiques à des coûts minimes avec l’informatique dans les nuages (cloud computing).
8- Livrez et testez après
N’attendez pas d’avoir peaufiné votre produit avant de le lancer. Livrez. Les gens sont toujours indulgents pour les premiers modèles. Face à une version beta, on réagit comme si c’était un nouveau bébé en acquiesçant avec les parents que c’est le plus beau du monde.
9- Évitez le capital de risque le plus longtemps possible
Fuyez les investisseurs le plus longtemps possible. Ils vous feront perdre votre temps sans vous être utiles vraiment. Ils se disent visionnaires et ont tous eu dans leur écurie un démarrage pet.com.
10- Nichez-vous
Cet ingrédient est déjà passablement connu. M. Kawasaki n’en a rien dit de plus qu’il faut identifier un produit ou un service unique qui aura de la valeur pour ses clients.
11- Ne vous fiez pas aux bozos
Après avoir fait défiler quelques citations célèbres de grands hommes d’affaires qui ont dit des âneries à propos de l’évolution de leur marché, M. Kawasaki affirme que les « rich and famous » ont été souvent plus chanceux que perspicaces. « C’est trop long comme trajet en voiture et je ne vois pas de modèle d’afffaires dans leur truc, » a-t-il lui-même répondu à l’analyste de Sequoia Capital qui l’appelait pour lui offrir le poste de premier chef de la direction de Yahoo.
Une pirouette de trop à mon avis. Même en ne se prenant pas au sérieux, M. Kawasaki désamorce trop ainsi la portée de tout ce qu’il a dit jusque là. Son discours recèle un fond de vérité beaucoup plus solide que ne le laisse appréhender sa prestation de très bon « standup comic ».



L’argument 6 est décisif: si on dépense peu pour le personnel, on a des chances de gagner plus qu’on ne dépense. Mais est-ce bien sérieux quand on sait que le succès d’une entreprise repose souvent sur la fidélisation des employés compétents?
Bon résumé. J’ai bien aimé la présentation de M. Kawasaki. J’ai trouvé un peu exagéré ces commentaires à l’égard de la gratuité qui vient par l’usage du web. Oui on peut user de Twitter et Facebook, mais c’est un peu pousser la note que de dire que le marketing est gratuit…. Je suis sûrement biaisée, mais il faut du conseil…. et ce conseil ne vient pas du ciel. Autrement, j’ai bien apprécié son humour et sa candeur. On est tous des bozos un jour ou l’autre, même si on n’a pas tous l’occasion de faire des mauvaises décisions qui représentent des milliards de dollars.
Merci de ce résumé de la conférence-vedette de la soirée, qui me fait un peu moins regretter de n’avoir pu y assister. Ceci dit, je suppose qu’il y avait beaucoup d’autre choses à se mettre sous la dent et, aussi, beaucoup de réseautage à faire. Pourquoi parle-t-on toujours des vedettes et pas assez du « vrai monde » ?
Merci pour vos commentaires
@eric À mes yeux, l’ingrédient No 6 est aussi le plus faible. J’opterais plutôt pour attirer les meilleurs en me donnant la marge de manoeuvre pour leur offrir les meilleures conditions du secteur. Il faut en profiter quand les meilleurs sont moins difficiles à attirer.
@Micheline Bourque, la formulation de tous les ingrédients est exagérée volontairement. Mais, il y en a certains où la réalité n’est pas très loin en-deça de ses exagérations. Ainsi, je pourrais être presque d’accord entièrement avec les ingrédients 1, 2, 4, 7, 8, 10 et 11, approuver dans une moindre mesure les ingrédients 3, 5 et 9 et vouloir ne pas abuser du 6 ème par principe et secondairement parce que la reconnaissance fait partie des valeurs véhiculées par le web social.
@Christian Aubry, ça ne me surprend que tu essaies de me prendre en défaut
Mais, j’avais prévu le coup. D’après ce que je vois, ou tu n’es pas abonné à notre fil RSS, ou tu ne prends pas le temps de nous lire tous les jours. Comment fais-tu !!! Donc, j’avais fait un coup de chapeau à l’événement la veille : http://tr.im/FiXt
Héhé, tu as la parano facile, cher Vallier! Je ne cherchais pas à te prendre en défaut, juste à obtenir une réponse à une question que je me posais. Si quelqu’un a été pris en défaut, c’est moi-même, bien que le fait de ne pas tout lire ce qui s’écrit dans la blogosphère (même ici) ne soit pas, à mes yeux, un défaut, mais une précaution de santé économique et mentale essentielle.
Tu as d’ailleurs fort bien répondu ne me renvoyant à ce billet précédent, annonçant d’avance que la présence de Kawasaki allait « faire de l’ombre » aux autres aspects de l’évènement. C’est bien ce qui s’est passé dans les médias et dans la blogosphère, à en juger par les titres des articles rassemblés par Martin ici. Je constate par ailleurs que le fil média de la soirée, selon Google Actualités, s’arrête le 19 novembre. Quant aux blogues, il se focalisent tous sur Guy Kawasaki, me laissant sur ma soif d’info concernant le concours de vidéos, par exemple, ou d’autres allocutions qui ont certainement été prononcées au cours de la soirée.
Cela démontre évidemment la force de Twitter pour la couverture (malheureuseusement beaucoup plus superficielle) d’évènements en temps réel et, à mon humble avis, le fait que la libération de cette expression immédiate a tendance à tuer dans l’œuf l’envie de réfléchir à tête reposée, de façon plus juste et plus complète.
Sommes-nous en train de devenir des surfeurs de l’instant présent? Est-ce un mal ou un bien? Le Dalaï Lamothe qui sommeille en moi ne saurait être assez éveillé pour le dire
Ce n’est pas être du tout paranoïaque que de savoir que tu peux nous attendre au détour, quelque lien d’amitié qu’on puisse avoir par ailleurs. Et c’est très bien ainsi. Les amis, c’est fait pour ça en grande partie.