Saturday, July 31, 2010

Doit-on se préparer à prendre la Google Wave ?

novembre 27, 2009 par Pierre Fraser  
Classé dans Entreprise 2.0, Technologies

Les entrepreneurs sont inondés d’informations de toutes sortes en toutes provenances. Non seulement entendent-ils parler de Web 2.0 et des médias sociaux, voici que se pointe maintenant Google Wave, une toute nouvelle plateforme de collaboration supposée révolutionner le courrier électronique tel que nous le connaissons. Comment se retrouver dans ce dédale d’informations, et surtout qui croire ?

rezopointzero a, entre autres, une fonction de veille pour déceler les mouvements importants sur la scène de l’innovation web. Nous avons comme politique de ne pas ennuyer nos lecteurs avec toutes les nouveautés qui apparaissent. Il y en a trop et la minorité d’entre elles deviendront significatives pour les entreprises. Bien que cette plateforme ne soit encore utilisée que par les « happy few » sur invitation, nous faisons une exception pour Google Wave parce qu’elle risque en s’imposant d’apporter des modifications importantes à nos habitudes.

Le Web en temps réel a différents visages et Twitter en est un. À la clé pour l’entreprise, il en découle une interaction potentielle en direct avec le consommateur. Par contre, bâtir une relation directe avec le consommateur n’est pas chose facile. Quoique Google Wave vise essentiellement à améliorer la collaboration entre personnes, il serait prématuré d’affirmer qu’elle facilitera davantage l’engagement des parties dans une conversation. Google Wave se positionne en dehors du circuit des médias sociaux tout en offrant la possibilité d’utiliser ces mêmes médias sociaux. Notons en passant que la Fondation Mozilla, avec RainDrop, vise exactement le même créneau avec la même philosophie que Google.

Qu’est-ce que Google Wave ?

Google Wave, qui sera mis en service à la fin de 2010, est avant tout une plateforme d’unification des communications. Elle se présente comme l’outil de collaboration du futur qui combine à la fois le courrier électronique GMail, la messagerie instantanée GTalk, Google Voice, des fonctionnalités de partage de documents (textes, photos, vidéos, etc.), une page Wiki, ainsi que des pages Facebook et Twitter. Autrement dit, il s’agit de fédérer vos communications dans une seule et même interface en utilisant tout simplement un navigateur pour interagir en temps réel avec vos collègues ou qui que ce soit.

Par exemple, la société Novell prévoit lancer en 2010 Novell Pulse basé sur Google Wave. Novell Pulse vise directement le marché des entreprises avec un slogan évocateur «Catch the Beat !». Dans sa présentation, la société Novell explique que la façon dont nous interagissons et travaillons avec les outils dont nous disposons actuellement n’est pas naturelle.

Qu’à cela ne tienne, Novell, avec Google Wave, propose ni plus ni moins qu’une solution qui bat au rythme du travail en équipe et des projets à développer. La localisation géographique n’est plus une contrainte pour discuter, éditer ou partager des documents et des informations. En plus, on n’a rien à installer, tout juste à utiliser un navigateur.

À première vue, les promesses de Google Wave semblent intéressantes pour l’entreprise, petite ou grande.

Qu’en est-il vraiment ?

Dans un article publié sur Clubic la semaine dernière, Stéphane Ruscher mentionne : « [...] Le service est basé sur une brique de départ, la « wave » qui peut être un document texte ou un message. Sur cette « vague », d’autres utilisateurs peuvent se greffer pour répondre, éditer, ajouter du contenu ou encore discuter en direct. Disposant d’une interface utilisant abondamment HTML5 (dernière version du langage de description de pages web), et associée à des API (code mis à la disposition des gens de l’extérieur pour greffer un module à une application) d’intégration du contenu Google Wave dans d’autres services, Google Wave est promis à un bel avenir, mais s’attaque peut-être à des habitudes bien établies telles que l’échange de mails (courriels) ou le travail collaboratif sur des logiciels dédiés. Arrivera-t-il à fusionner tout cela de manière harmonieuse ? »

La question que pose Ruscher est pertinente. En fait, dans quelle mesure Google Wave pourra-t-elle s’accaparer une part non négligeable du marché des outils collaboratifs déjà existants ? Aussi étrange que la chose puisse paraître, poser la question c’est un peu y répondre.

Google Wave est une plateforme ouverte dont le code est accessible à tous. Elle est supportée en plus par une entreprise bénéficiant d’un fort capital de sympathie en terme d’image. Évidemment, les anti-Google feront entendre leur voix, tout comme les anti-Microsoft à une certaine époque. Au-delà de ces discours, il n’en reste pas moins que l’outil présente des avantages intéressants pour les développeurs.

Déjà, Google annonce un magasin en ligne d’applications dédiées à Google Wave. On ouvre donc la porte très grande aux intégrateurs afin de faire en sorte que le modèle Google Wave se répande rapidement. La très sérieuse société SAP a développé une application nommée Gravity, un service en ligne permettant de modéliser des processus métiers dans Google Wave. Le service, développé par la branche australienne de SAP, se fonde sur les interfaces de programmation de Google (les fameuses API expliquées plus haut) pour intégrer dans une Wave un « gadget » de modélisation d’objets métiers, permettant ainsi à tous les participants de manipuler et de modifier en temps réel les objets. D’ailleurs à cet effet, voici une vidéo expliquant fort bien l’utilisation de cet outil.

Utilisation concrète de Google Wave

Afin de vérifier les allégations de Google et des différents promoteurs et intégrateurs de sa plateforme, j’ai décidé de démarrer une Wave portant sur l’utilisation de Twitter comme outil marketing afin d’alimenter ma réflexion pour le Tome 2 de ma série de livres portant sur le Web en temps réel, intitulée «Flux – Réalité économique augmentée». Pour ce faire, j’ai lancé une invitation sur Twitter à tous ceux qui utilisent déjà Google Wave afin qu’ils participent à la discussion. En moins d’une heure, j’avais réuni pas moins de 15 personnes, en commençant par Kim Auclair, une spécialiste de la communication.

Ce qui a surtout retenu mon attention, c’est que pendant plus de 90 minutes, ce fut un véritable feu roulant de commentaires où chaque intervenant y allait de ses propres réflexions. Si ce n’avait été que de ça, la chose aurait déjà été intéressante, mais rapidement, les événements ont pris une autre tournure. En fait, les gens émettaient une première opinion, et au fur et à mesure des réactions des autres participants, il était possible de voir en temps réel les gens revenir sur leur opinion, soit pour en amoindrir la portée, soit pour en renforcer l’argumentaire.

Toutes choses étant égales par elle-même, certains ont fait la promotion d’un quelconque outil qu’ils ont développé ou d’un billet qu’ils ont écrit sur leur blogue. Mais au-delà de cette auto-promotion (j’en suis moi-même victime dans ce billet), ce qu’il faut retenir, c’est l’échange que les participants ont pu réaliser à travers un outil qui, au demeurant, est fort simple à utiliser. D’ailleurs, voici un extrait d’une conversation que j’ai eue avec Diane Nadeau à laquelle sont venus se joindre Stéphane Bergeron et Christian Amauger.

FraseGoogleWave

Ceci n’est qu’un extrait des 75 conversations et plus intervenues dans cette Wave à partir desquelles j’ai pu retirer des informations de première main sur l’utilisation de Twitter comme outil marketing. D’un point de vue strictement utilitaire, Google Wave m’a permis d’accéder en temps réel, dans un premier temps, aux réactions à chaud des intervenants, et dans un deuxième temps au repositionnement de toutes ces informations en les replaçant dans le contexte d’une réflexion plus globale.

Comme il est vrai qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, on ne peut conclure de cette seule expérience que la plateforme va livrer la marchandise. J’en sors toutefois plutôt disposé à faire partie des gens favorables au départ.

Google Wave doit être perçu comme un puissant outil de collaboration et de fédération de la communication. Il a tout le potentiel pour bien s’intégrer en entreprise, tout comme il a un certain potentiel pour atteindre le grand public. Google Wave, c’est plus que le Web en temps réel, c’est aussi le Web en interaction et en collaboration. Présentement, aucun outil ne permet de réunir ces trois paramètres qui permettent non plus une simple interaction, mais une véritable communication par technologies interposées.

Commentaires

3 Commentaires pour “Doit-on se préparer à prendre la Google Wave ?”
  1. Sans rapport avec le contenu du billet de Pierre (au reste, qui rend bien ce que j’ai expérimenté sur GW).

    Curieux: dans la première image de la vidéo de SAP (Australie), on voit un des bâtiments de la Cité multimédia (coin Duke et Wellington, à Montréal).

  2. Yann Lebout dit :

    Merci !

    Un des premiers articles vraiment intéressant et pertinent sur Google Wave (bon à part celui que j’ai écrit, bien sûr ;-) ) !

    Je suis peut-être un peu moins optimiste sur les possibilités pour Google Wave de s’implanter dans l’entreprise (de manière large) parce que j’ai une vision assez négative de la manière dont la « collaboration » est abordée actuellement dans le milieu de l’entreprise. Néanmoins, cela fait plaisir de ne pas lire des articles béats d’admiration et des critiques simplistes basées uniquement sur les possibilités technologiques sans tenir compte du milieu dans lequel l’outil s’insère.

    Encore merci, donc !

  3. Pierre Fraser dit :

    Merci Yann pour le commentaire !

    En fait, dans mes articles, je tente, autant que faire se peut, de voir les différents angles sous lesquels l’information peut être analysée. J’ai la sincère conviction qu’il faut avoir une distance critique par rapport à tout ce qu’on nous propose, et surtout, d’éviter de tomber dans le piège du positivisme pro-technologique.

    Pierre Fraser
    http://www.ecriturevirale.com

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