Les patrons français bloguent encore peu
Aux États-Unis, les exemples ne manquent pas. De nombreux chefs d’entreprise ont leur blog. Par exemple, vous avez John Chambers, CEO de Cisco, Georges F. Colony, CEO de Forrester Research, Jonathan Schwartz, CEO de Sun Microsystem et parmi les patrons d’entreprises plus ordinaires, Bill Marriott, CEO des hôrels Marriott. En France, il faut chercher un peu ; le nombre de dirigeants à s’être lancés dans l’aventure reste faible. Difficile toutefois de trouver un chiffre exact.
Et pourtant, les avantages sont nombreux
En effet, un chef d’entreprise a toutes les raisons de se laisser tenter. Le blog est à la fois un outil de veille, un outil marketing et un outil commercial… Il fait office de carnet de notes, permet d’entrer en conversation avec son réseau, de créer du lien, de partager ses réflexions sur des domaines plus ou moins proches de sa société, de gagner des clients, d’expliquer son parcours, ses choix, d’établir une relation de confiance avec ses clients/son public cible, de co-développer avec eux l’image de sa société…
Espérons que les chiffres annoncés en 2006 ont évolué. A l’époque, selon une étude de European Business Monitor, à la question « Comment décrivez-vous votre relation aux blogs ? », on avait les réponses suivantes : 42% des dirigeants européens en avaient entendu parler, 37% ne savaient pas de quoi il s’agissait, 11% en lisaient, 7% surveillaient de près ce qu’ils disaient de leur société.
Et en France, ils étaient nombreux à en avoir entendu parler (68 %) mais étaient peu à la les lire (seulement 8 %). Alors, de là à créer un blog !!! Aujourd’hui, on peut dire que les choses bougent, mais doucement.
Ce qui m’a surprise au moment de mes recherches, c’est que plusieurs articles sur le sujet dataient de 2006/2007. Après cette date, j’ai eu plus de mal à trouver des éléments, même si les offres se sont multipliées.
Par ailleurs, avez-vous essayé de lancer la requête «blog»+ «patrons français» ? Les résultats m’ont laissée songeuse. On parle plus du salaire des patrons français et de parachutes dorés que de leur implication sur la blogosphère. Mais bon, je vous l’accorde, ma requête n’est pas assez précise.
Des exceptions qui confirment la règle
Ceci dit, comme je le disais, on en trouve des blogues tenus par des patrons français. Comme le montre cette liste non exhaustive (n’y voyez aucun classement non plus), en partie constituée grâce aux retours de mes followers sur Twitter (merci!) :
- Pierre Gonzva, dirigeant du Cabinet Ormane (pierre gonzva / finance). A noter que ce blog a été élu meilleur blog Finance selon le magazine Challenge en juin dernier)
- Pascal Houillon, président de Sage France (Idées sur la reprise)
- Shanyss Gabriolon, coach (shanyssandco: le blog sur le coaching)
- Frédéric Hinix, expert en action commerciale (Comment optimiser sa prospection ?)
- Jean Philippe Kasprzak, spécialiste en réduction de coûts (Actualité non officielle de MF B2B)
- Jean-Edouard Leclerc, co-président des Centres Leclerc (De quoi je me M.E.L) : c’est l’un des patrons, sinon le patron, qui a su très bien sortir son épingle du jeu. C’est lui qu’on cite le plus souvent quand on pense « blog » et « chef d’entreprise ». Cela vient probablement de sa démarche d’ouverture et de dialogue, envers le public et les médias.
- Bernard Sanannès, directeur associé d’EuroRSCG (Le Weblog de Bernard Sannanès)
- Nicolas Bordas, président de TBWA/France (nicolasbordas.fr)
- Philippe Laval, CEO de Kwaga (Inbox@Work )
- Pierre Chappaz, entrepreneur (Wikio)
- Françoise Gri, présidente de Manpower France (Le blog de Françoise Gri)
- Jérémie Berrebi, directeur de Zlio.com (Jérémi Berrebi)
- Michel de Guilhermier, fondateur de Photoways (Michel de Guilhermier’blog)
- Eric Jacquet, président de JACQUET Metals (Le blog d’Eric Jacquet)
- Lucien Fa, président de Yoplait et Stéphane Daylac, directeur Commercial et Marketing (Bravo la petite fleur)
- Pascal Mercier, co-fondateur d’Aelios Finance (Weblog de Pascal Mercier)
- Fadhila Brahimi, CEO et fondatrice du cabinet FB-Associés (Le blog du personal branding)
- Franck Poisson, créateur de Webwag.com qui a récemment rejoint Toys R Us en tant que directeur e-commerce (Franck Poisson, Blog à part)
- Ludovic Dubost, CEO d’XWiki (LudoBlog)
De toutes les directions avec de multiples véhicules
En fait, les chefs d’entreprise qui bloguent peuvent être classés en deux catégories :
- On a d’un côté les entrepreneurs du Web : ils sont majoritaires selon moi même si je n’en ai listés que quelques-uns ici comme par exemple Pierre Chappaz ou Jérémi Berrebi. Ils ont créé une société dans le domaine du Web et savent très bien comment ce dernier fonctionne. On va dire que pour eux, la création d’un blog, c’était évident et naturel.
- De l’autre, on a les chefs d’entreprises de grande ou de petite taille (vous avez les grands groupes, les petites structures et les indépendants/structures composés d’une personne) dont les activités n’ont aucun lien direct avec le Web. Pour vous donner 3 exemples concrets : Françoise Gri, Ludovic Dubost et Fadhila Brahimi. Pour eux, le blog est un outil dont ils ont compris l’intérêt : un plus en termes de communication, d’échange, de visibilité et de confiance.
Le blog est fait pour tout le monde. Il n’y a pas de sélection à l’entrée, si je puis dire. La seule envie de bloguer, le fait d’avoir des choses à dire et de prendre le temps de les mettre par écrit sont les seuls critères à considérer.
D’un point de vue technique, on constate que les plateformes utilisées sont très diversifiées. Les uns utilisent les plateformes du marché (Typepad, Blogger ou WordPress), les autres les solutions qu’ils éditent (c’est le cas du site LudoBlog, basé sur une technologie XWiki), d’autres encore ont préféré passer par un développement sur mesure (Bravo la petite fleur ?) ou encore ont utilisé une offre spécifique dédiée aux dirigeants en mal de blog, Blog Dirigeant.
Comment expliquer cette frilosité ?
Je vois plusieurs raisons en tout cas pouvant expliquer ce faible taux de dirigeants français/blogueurs :
- Les entreprises françaises et leurs dirigeants n’ont pas encore totalement pris conscience de ce que pourraient leur apporter les médias sociaux
- Elles (les entreprises) sont frileuses… tout comme leurs dirigeants. Pourquoi chercher à s’exposer ?
Espérons que cela évolue et que le phénomène des blogues en France dépasse le carcan « personnel » pour investir celui du monde professionnel ! Les dirigeants et les entreprises ont tout à y gagner !
Quelques ressources utiles
Voici une liste d’ouvrages, en français, qui peuvent vous être utiles si l’envie de lancer un blogue d’affaires ou un blogue d’entrepreneur vous prend :
- Pourquoi bloguer dans un contexte d’affaires ?
- Loic Le Meur, Blogs pour les pros, Planete Interne (2005)
- François Nonnenmacher, Blogueur d’entreprise, ED d’organisation (2006)
- Thomas Parisot, Réussir son blog professionnel, Acces Libre (2009)
- Le guide du blog d’entreprise, par BlogAngels (parution annuelle)
Cahier gratuit de 36 pages sur les réseaux sociaux en affaires.








07:19
Merci Emilie pour votre mention de mon blog, me voilà bien entouré !
Les choses bougent en effet pour les entreprises sur les médias sociaux, et pas seulement les blogs : une récente étude de l’Observatoire de l’Institut Sage, que j’ai créé il y a un peu plus d’un an, montre un intérêt croissant http://www.institut-sage.com/voir/176) ; la prise de conscience sur l’enjeu de visibilité est assez claire, les autres usages (recrutement, business…) restent encore timides mais le potentiel est là.
Sur les raisons et les motivations qui poussent un dirigeant d’entreprise à bloguer, elles sont nombreuses et peut-être innombrables. Mais pour tenir le rythme, il faut avoir régulièrement quelque chose à dire… ou à faire dire. J’ai par exemple fait le choix de recueillir des témoignages de repreneurs pour enrichir le débat et confronter mes opinions. De plus, proposer des contenus pratiques ou des réflexions de fond qui ne soient pas du simple commentaire de l’actualité demande un peu de recul et donc de temps. Un temps que les dirigeants d’entreprise ne peuvent ou ne souhaitent pas toujours prendre dans la durée. Le temps est une denrée précieuse. Car bloguer, ce n’est pas l’affaire de quelques billets seulement, il faut pouvoir se renouveler.
Il n’est pas très étonnant que la requête « blog » + « patrons français » ne fournisse pas beaucoup de résultats pertinents. C’est sans doute une simple question de sémantique : je ne suis pas convaincu que nous nous considérions uniquement comme des « patrons français ». Pour ce qui me concerne, je suis aussi (et surtout) entrepreneur et je souhaite échanger sur un sujet lié à l’entreprise qui me tient à cœur et dont j’ai une certaine expérience.
Vos deux catégories web / non web sont intéressantes, mais j’aurais tendance à croire que la ligne de partage n’est pas là. Un professionnel blogue parce qu’il estime qu’il a quelque chose à dire ou à partager, pas seulement parce que son activité est liée au web. Plus personnellement, même si Sage est éditeur de logiciels, je m’exprime au-delà des seuls DSI et autres informaticiens, mon blog est davantage thématique que lié à mes « cibles » naturelles. Les usages numériques se répandent dans toute la société, et ne sont plus réservés aux technophiles. Les médias sociaux se démocratisent et ceux que l’on y croise ressemblent de plus en plus à ceux que l’on croise dans le monde « réel ».
Comme vous le dites vous-même : « Le blog est fait pour tout le monde » !
11:48
+1 : Blog de Le Dorze, DG du Groupe de clinique Vitalia (650M€ de CA) : http://www.christian-ledorze.com
12:08
@Pascal : merci pour ce retour. Les deux catégories sont importantes selon moi. Les entrepreneurs du Web ont probablement moins de mal à se mettre à bloguer, ou du moins à voir les enjeux et l’intérêt. Mais je suis d’accord avec vous, il faut avant tout avoir quelque chose à dire.
&Alexandre : merci !
12:46
Bonjour !
Se retrouver parmi les exceptions qui confirment la règle… Merci ! « Le blogueur est dans le pré… »
Cordialement.