Brèche dans la standardisation technologique en entreprise
décembre 17, 2009 par Josée Plamondon
Classé dans Entreprise 2.0
Le web 2.0 change petit à petit nos façons de travailler. Il semble que la monoculture technologique, à laquelle a fait allusion Claude Malaison dans un billet publié sur rezopointzero, soit fortement remise en question. Comme nous le rapportions récemment, un sondage du Groupe Gartner a fait ressortir que les employés utilisant leur ordinateur personnel au travail va passer de 10% à 14% en 2010 dans les entreprises de plus de 500 employés. Les exemples d’entreprises ouvertes à cette possibilité, telles que Kraft et Unilever, abondent de plus en plus.
Attitude conservatrice et perception erronée
Andrew McAfee, chercheur au MIT Sloan School of Management, s’intéresse aux effets des technologies de l’information sur l’entreprise et les affaires. Il est l’auteur de l’expression « enterprise 2.0 » . Au cours d’une entrevue (accès gratuit sur inscription) récemment accordée à la revue McKinsey Quarterly, M. McAfee a mentionné que les directeurs de l’information (Chief Information Officer) sont sous les feux des projecteurs : on attend d’eux qu’ils informent leurs directions d’entreprise des changements en cours et de ce qu’il est pertinent de faire pour celles-ci.
Selon M. McAfee, l’attitude conservatrice de la plupart des directeurs de l’information est due à la perception que les technologies 2.0 et les pratiques du web social sont risquées et qu’il est de leurs responsabilité de réduire les risques pour leur organisation. Il maintient que cette perception est erronée et cite l’exemple de Lockeed Martin, une organisation du secteur de l’aérospatiale et de la défense militaire pour qui la sécurité et le risque sont des préoccupations de premières lignes. Cette entreprise a présenté son expérience d’intégration des outils et pratiques du web social au Webcom du 12 novembre 2008 (vidéo de la présentation et fichier PowerPoint disponibles dans les archives des conférences du Webcom Montréal).
Liberté de choix et responsabilisation des employés
De plus en plus de directions informatiques sont sous la pression d’une nouvelle génération d’employés qui s’élèvent contre les règles qui les forcent à utiliser au bureau d’autres technologies que celles qu’ils ont choisies, comme le iPhone ou le Mac. Cependant, la liberté de choix s’accompagne d’une sensibilisation aux risques et de la responsabilisation des employés.
Un article du Wall Street Journal, remet en question les motifs invoqués pour la standardisation technologique, soit la réduction des coûts et le contrôle du risque.
Réduction des coûts, vraiment ?
La standardisation des ensembles d’applications facilite la gestion des licences et des coûts d’équipement, tout en assurant d’importants revenus aux géants de l’informatique. Cependant, nombre d’entreprises ont déjà réduit leur budget informatique, non seulement en raison de la crise économique, mais aussi face aux coûts prohibitifs des mises à jour des logiciels propriétaires. Tout d’abord à titre d’expérimentation, puis adoptés par certains groupes d’utilisateurs dans les entreprises, le logiciel libre et les solutions à moindre coût font tranquillement leur chemin au sein des systèmes d’entreprise.
Dans chaque employé, un hacker
Il semble également que les directions informatiques croient qu’il vaut mieux restreindre l’accès des employés aux technologies que les informer et les responsabiliser. Les technologies actuelles permettent d’installer un ensemble d’applications sur un ordinateur pour en faire l’essai sans affecter les systèmes corporatifs. Il s’agit des environnements virtuels ou de test, comme celui dont parle François Huot dans un récent billet sur cette plateforme.
Les expériences de Kraft et Unilever
L’article du Wall Street Journal, cité précédemment, relate l’expérience de Kraft, un des géants nord-américains de l’alimentation.
L’entreprise a réalisé que les mesures de standardisation technologique constituent un frein à l’expérimentation et à l’innovation, de même qu’à la productivité (les employés sont plus enclins à améliorer leurs processus à l’aide des technologies qu’ils préfèrent). Elle permet aux membres du personnel d’utiliser d’autres technologies en autant que ceux-ci se conforment à des règles de sécurité et de maintenance de leur équipement et logiciels. Afin de ne pas accroître les coûts, le support technique est réservé aux utilisateurs des technologies standards de l’entreprise.
Chez Unilever également, seuls les employés en mesure d’assurer eux-mêmes le maintien, les copies de sécurité et les mises à jour de leur équipement sont autorisés à travailler avec les technologies de leur choix.
Faciliter l’adoptions de nouvelles technologies
Dans un billet à propos du contrôle des directions informatiques sur les choix technologiques de leurs employés, Gary Hamel soutient que le contrôle des coûts ne tient pas la route. Et il en rajoute, en affirmant que la standardisation technologique constitue un frein à la créativité et à l’innovation.
Selon M. Hamel, les directions informatiques doivent passer moins de temps à imposer des standards et mettre plus d’efforts pour faire en sorte que chaque employé ait accès aux meilleurs outils possibles.
Encore faudrait-il faire abstraction des différents dogmes technologiques pour préciser ce qu’on entend par « meilleur ».
Mise à jour – 17 décembre 2009
Les pressions de la nouvelle génération d’employés sur les directions informatiques pour une ouverture à la diversité technologique trouvent un écho au Québec.
Pour preuve, ce constat extrait du Diagnostic sectoriel de main-d’œuvre du secteur des TIC, publié en 2008:
/…/ la main-d’oeuvre, surtout la plus jeune, est avant tout attirée par les plus récentes technologies. Or, dans les entreprises, les anciennes technologies cohabitent avec les plus récentes et il devient nécessaire de trouver des employés pouvant s’adapter aux différents systèmes tout en y montrant un intérêt.
Cette étude est publiée annuellement par TechnoCompétences, le comité sectoriel de main d’œuvre en technologie de l’information et des communications (Québec). Cet organisme, qui réunit différents intervenants de l’industrie (entreprises, associations professionnelles, institutions d’enseignement), est financé par le gouvernement du Québec et par ses partenaires.



