Deux sites majeurs bâtis à peu de frais en code source ouvert

24 novembre 2010 10:24 1 commentaire

En partant tous deux de zéro, les sites de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et de Profweb, mis en ligne en 2002 et 2005 respectivement, ont eu la chance d'être impossibles à réaliser avec des logiciels propriétaires à l'intérieur de leur budget initial. Dotés au départ dans les deux cas de responsables internes très au fait des possibilités offertes par les logiciels libres, ces sites démontrent également la possibilité de mettre en place des sites très élaborés avec de très petites équipes de responsables.

Le premier site est devenu nécessaire lorsque la CMM a remplacé l'ex-Communauté urbaine de Montréal (CUM) après la vague des fusions (les défusions subséquentes n'ayant pas changé son rôle). Le deuxième provient d'une initiative du Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) pour offrir aux professeurs de cégeps un carrefour où partager produits et services utiles à l'intégration des technologies informatiques à leur enseignement d'une part, et un espace personnel pour héberger des sites web pédagogiques d'autre part.

Carrefours importants

Le territoire de la CMM recouvre 82 municipalités, regroupées dans 14 Municipalités régionales de comté (MRC), où résident 3,7 millions d'habitants, soit 50% de la population totale du Québec. Sa mission est d'établir des politiques régionales dans dix champs d'intervention dont le transport en commun, la qualité de l'air, de l'eau, les logements sociaux, etc.. Le site concentre donc des tonnes de données utiles à la réflexion des mairies de ces municipalités et de leurs administrations. « Toutes nos données ont des connotations géographiques, » explique Alain Hotte, chef de projet en géomatique à la CMM et responsable du site.

 

Profweb s'adresse pour sa part aux professeurs des 48 cégeps québécois et des 21 établissements membres de l'Association des collèges privés du Québec en incluant une version anglaise pour ceux des 5 cégeps anglophones. Son rôle principal, en plus d'animer la scène collégiale sur le plan de l'innovation technologique, est celui d'un guichet unique où l'on peut trouver les ressources et scénarios produits par plus d'une dizaine de réseaux et d'organismes intéressés à l'utilisation des technologies de l'information et de la communication (TIC) au collégial.

Comme ces deux sites servent des clientèles voraces d'information, leur gestion devait permettre le rafraîchissement rapide des pages et la diffusion efficace de nombreux documents dans tous les formats, incluant l'emploi de son et de vidéo bien entendu. L'ampleur de leurs spécifications les rendaient hors de prix selon la façon de faire des agences web du moment (2002, c'est très loin en savoir-faire web).

Impossibles autrement

Avant l'arrivée de M. Hotte à la CMM, une première ébauche du site avait déjà coûté de 50 000 $ à 60 000 $. Le système de gestion de contenu (CMS) était insuffisamment élaboré. On anticipait que la courbe des coûts allait épuiser le budget beaucoup plus tôt que prévu.

« L'administration souhaitait qu'on ait plus d'autonomie. La chance qu'on a eue, c'est que l'organisme était nouveau. Nous n'héritions pas de systèmes et d'infrastructures existantes élaborées. Comme nous étions habitués de travailler avec le système d'exploitation UNIX et que j’étais familier avec Linux depuis son apparition au début des années 1990, le saut vers les logiciels libres n'était pas trop compliqué pour nous », explique M. Hotte.

Démarré de son côté par deux professeurs rattachés au Cégep Limoilou, Lyse Favreau et Denis Thibault, qui en sont devenus la coordonnatrice et l'animateur, Profweb a fait l'objet d'un appel d'offres dès le départ. « On s'est rendus compte que les prix étaient astronomiques. Le Cégep de Ste-Foy avait commencé à utiliser Typo3, un système de gestion de contenu (CMS) pour sites web importants, et s'en tirait sans trop de problèmes. J'ai recommandé son utilisation », indique M. Thibault.

Des approches différentes

Malgré un départ à peu près identique, ces deux sites ont pris des voies différentes pour aboutir là où ils en sont maintenant. Sous la direction de M. Hotte, une petite équipe de 5 personnes a pris les choses en mains à la CMM sur le plan du développement en se faisant aider à l'occasion par Savoir-Faire Linux http://www.savoirfairelinux.com/ (à qui on a délégué également par contrat les services techniques et d'hébergement sur une base permanente) et d'autres fournisseurs spécialisés au besoin. Le développement de Profweb, coordonné par une équipe de cinq professeurs assistés sur le comité éditorial par six autres représentants de collèges et d'organismes, a été confié sur le plan technologique à une société spécialisée en Typo3, les Technologies Sys-Tech.

À la CMM, les économises de licences se sont élevées à 100 000 $ en partant. L'intérêt principal, selon M. Hotte, a été cependant de pouvoir opérer avec une équipe réduite. « Ça a démarré en géomatique où les systèmes à code source ouvert étaient déjà comparables sinon supérieurs aux logiciels propriétaires. C'était surtout plus souple. On pouvait réagir, ajouter des pages, des onglets presqu'à la volée », précise-t-il.

Pendant ce temps-là, la première ébauche du site avait été maintenue en ligne. Quand est venu le temps d'en changer le système de gestion de contenu, on a choisi également Typo3 à cause de ses nombreuses capacités dès ses débuts (lancé en 2000, ce logiciel a évolué très rapidement à cause de son adoption par Dassault Systèmes en France en 2003). « On est toujours très heureux avec ce choix », précise M. Hotte.

Développement rapide

Pour faire évoluer le site, on emploie les méthodologies Agiles (voir Logiciels libres et méthodologies Agiles vont de pair). « Avec les systèmes à code source fermé, explique M. Hotte, il faut acheter un module de plus ou le faire développer. À l'heure, ça peut revenir cher. À coût fixe, il faut savoir ce qu'on veut très précisément…

« Avec les méthodologies Agiles et de prototypage, on s'en fout. On sait qu'on peut trouver tout ce qu'il faut pour faire ce qu'on veut. Au bout de deux semaines, c'est livré. Si on s'est plantés, ce n'est pas grave. On peut tout refaire en aussi peu de temps. Il n'y a jamais de solution parfaite. Comme on n'est pas une armée, il faut parfois donner des mandats à l'externe quand on maîtrise moins les technologies utilisées ou qu'on est trop serrés dans le temps. »

Le site est enrichi d'ajouts constants à chaque année. Le dernier en date a été la mise en place d'un premier tableau de bord permettant de voir l'avancement de chacune des municipalités par rapport à la politique de gestion des matières résiduelles. M. Hotte évalue que les nombreux changements survenus en cours de route auraient pu nécessiter trois refontes majeures si on avait procédé avec des logiciels propriétaires. Quant aux mauvais côtés, il signale qu'il ne faut pas s'éparpiller. « Ça peut être très tentant d'essayer toutes sortes de modules », retient-il.

Économies réelles, mais imprécises

Jean-Philippe Gélinas, chargé de projet pour Profweb chez Sys-tech, mentionne que les besoins très particuliers du site ont imposé de développer des modules sur mesure. L'an dernier, on a eu besoin notamment d'un module pour la signature de contrats électroniques en voulant rendre disponibles des outils pédagogiques assortis de droits d'auteur.

« Ça nous a toujours permis d'ajouter toutes les extensions qu'on voulait. On en a pris à la communauté. On en a créé nous-mêmes. Comme Typo3 a été développé en s'appuyant sur les technologies libres les plus répandues (Apache, MySQL et PHP), ça nous donne accès à des dizaines de librairies rien que pour la conversion vidéo », mentionne M. Gélinas.

Le site évolue constamment. Parmi les principaux ajouts successifs, on compte la section anglaise, l'espace personnel et la recherche par discipline. Pour ses cinq ans, le site a connu une refonte visuelle importante parce que, selon M. Gélinas, le design datait d'une autre époque.

Les responsables des deux sites ont de la difficulté à évaluer précisément les économies réalisées. Les coûts totaux sur un horizon de 4 à 5 ans sont nettement avantageux pour la CMM, de l'ordre de 20% à 40% selon M. Hotte. « Avec deux versions majeures et plein de modules sur mesure, je n'ose pas imaginer ce que ça aurait pu coûter avec des logiciels propriétaires », nous confie pour sa part M. Thibault.
 

Pour voir la liste des autres articles du cahier logiciels libres en affaires.

Les commanditaires du cahier Logiciels libres en affaires.

Laissez un commentaire