Infonuagique et code source ouvert : un mariage naturel

24 novembre 2010 10:01 0 commentaire

Comme c'est le cas en politique ou dans les arts, il est des sujets à la mode en technologie qui occupent tout le devant de la scène alors qu'ils étaient inconnus trois ans plus tôt… Le cloud computing ou infonuagique, selon l'expression française retenue par l'Office québécois de la langue française (OQLF), est de ceux-là. Comme c'est le cas de l'informatique traditionnelle, il est possible avec l'infonuagique, où les systèmes informatiques sont distribués sur le réseau comme un service, de s'enfermer dans un seul système – celui du fournisseur – et de devenir prisonnier de sa technologie. D'où l'importance de choisir une solution ouverte qui ne soit pas unique à un seul fournisseur afin de conserver sa liberté et profiter de la concurrence.

L'infonuagique implique la délocalisation des ressources informatiques d'une entreprise de telle sorte que les utilisateurs interagissent avec les systèmes situés sur des infrastructures extérieures dispersées un peu partout, quelque part dans les nuages… Cette métaphore est employée en référence aux nuages que les ingénieurs utilisent dans leurs diagrammes pour représenter un réseau téléphonique ou l'Internet.

Le modèle d'affaires de l'infonuagique ressemble à la distribution d'électricité. Avant que son transport soit possible, on devait produire localement l'énergie pour le chauffage, l'éclairage et le fonctionnement des instruments de production. Avec l'électrification, il suffit d'activer un interrupteur pour obtenir de l'énergie à la demande. Idem pour l'infonuagique dans sa forme la plus pure. On n'a plus besoin de serveurs pour traiter l'information utile au bon déroulement des opérations. En étant branché aux énormes infrastructures d'un fournisseur, on peut accéder aux ressources nécessaires pour faire face aux périodes de pointe en terme de puissance de calcul et économiser l'achat d'équipements qui demeureraient sous-utilisés la plupart du temps.

Bond en avant, mode ou piège

D'autres forces que l'accès occasionnel à de grandes ressources jouent en faveur de l'infonuagique. Il y a notamment l'explosion des appareils mobiles comme les téléphones intelligents, les tablettes et les ordinateurs portables – des outils qui ont besoin de se greffer à un réseau et à leur « bureau virtuel » pour accéder à des données ou en transmettre.

On y gagne en souplesse ou en accessibilité, car les applications ne sont plus « collées » à un ordinateur spécifique et peuvent être accédées à titre de services web avec n'importe lequel appareil et de n'importe où. De plus, on se libère du fardeau du maintien et de l'entretien des infrastructures et des applications auprès de son fournisseur. Ce dernier obtient de son côté des économies d'échelle en traitant les informations de nombreux clients et est en mesure de leur fournir le service à un coût moindre qu'il leur reviendrait à l'interne.

L'infonuagique a ses partisans et ses détracteurs. Le Gartner Group affirme que sa propagation va avoir autant d'impact que les affaires électroniques. Larry Ellison, chef de la direction à Oracle, assimile pour sa part l'appellation à du charabia parce qu'elle ne fait que remplacer des modèles d'affaires largement répandus sous d'autres noms.

« L'industrie informatique est la seule industrie aussi influencée par la vogue que la mode féminine », a-t-il ironisé en 2008. De fait, l'infonuagique a les mêmes caractéristiques que l'approche du « logiciel-service » (Software as a service (SaaS)), expression qui avait elle-même détrôné celle des « fournisseurs de services applicatifs » (Application service provider (ASP)) dont le plus connu est Salesforce.

Richard Stallman, évangéliste en chef du logiciel libre, s'oppose à l'approche pour des raisons beaucoup plus sérieuses. À ses yeux, il s'agit plus ou moins d'un piège pour enfermer les clients dans une solution aussi fermée que celle des logiciels propriétaires.

Dans les nuages, mais toujours libre

La situation est loin d'être aussi noire que le craint Stallman même si on ne peut donner le bon Dieu sans confession aux Microsoft, IBM et Oracle de ce monde qui se sont tous engouffré à la suite d'Amazon (dont le produit, Amazon EC2, a été porté d'abord sur Linux pour le lancement de sa version bêta en 2006 avant de l'être sur OpenSolaris et Windows Server pour la sortie de la version complète en octobre 2008) sur le marché de l'infonuagique avec des propositions de distribution à distance de l'ensemble des systèmes informatiques d'une entreprise. Le site GigaOm a recensé à la fin de l'an dernier 11 ressources différentes qui combinent infonuagique et logiciels libres.

L'infonuagique à la Red Hat, la plus grande entreprise de logiciels libres au monde, en fait partie. Cette solution tient compte de la réalité informatique des entreprises, le plus souvent fort complexe : « Nous partons du principe, lit-on dans la présentation du service, que l'infrastructure informatique sera toujours constituée de composants hétéroclites provenant de multiples fournisseurs de matériel et éditeurs de logiciels et que ces composants doivent être interopérationnels. »

Passant de la parole aux actes, Red Hat intègre à ses solutions d'infonuagique des composantes qui peuvent être utilisées par plusieurs fournisseurs concurrents. L'interopérabilité permet par ailleurs de faire cohabiter des composantes hétéroclites reposant sur différentes technologies telles que « Microsoft Windows ou Red Hat Enterprise Linux; LAMP, Java ou .Net ; Red Hat Enterprise Virtualization, VMware ESX ou Microsoft Hyper-V… »

L'intérêt de l'approche Red Hat (et de d'autres plateformes de développement en code source ouvert de solutions infonuagiques comme Eucalyptus et OpenStack) est qu'elle se prête autant à la mise en place d'un nuage privé (nuage logé sur les infrastructures propres du client) que d'un nuage public qui offre simultanément des services à plusieurs entreprises (multi-locataires) à partir d'un centre de données contrôlé par le fournisseur. Un nuage privé permet de maximiser l'utilité d'un parc informatique.

Des milliers de bureaux virtuels au Québec

Que ce soit pour un nuage privé ou un nuage public, l'infonuagique recourt à des outils de virtualisation qui permettent de « dématérialiser » les systèmes logiciels. Grâce à la virtualisation par exemple, on peut faire cohabiter des dizaines de systèmes d'exploitation différents dans une seule machine. Red Hat a réussi l'exploit d'en mettre 400 sur un seul serveur… Sur une base plus simple, on peut simuler un ordinateur compatible Windows sur un disque dur formaté en Linux et installer Windows dans cet espace. Cela permet d'avoir deux systèmes qui peuvent rouler en même temps sur un même ordinateur.

On utilise aussi la virtualisation pour délocaliser le bureau, ce terme étant entendu comme l'environnement personnel d'un usager. Cela permet à plusieurs personnes d'utiliser le même ordinateur ou de retrouver leur bureau à partir de n'importe quel ordinateur dans le monde, à condition évidemment que cet ordinateur soit branché à Internet.

Au Québec, ce sont les commissions scolaires, entre autres celles de Laval et de Beauce-Etchemin, qui ont ouvert la voie à la création de quelques 220 000 bureaux virtuels! Ces commissions scolaires ont utilisé des technologies basées sur des logiciels libres sans frais de licences pour mettre en place un nuage privé et compenser le manque de matériel et le coût des licences des logiciels propriétaires.

Pionnière dans le domaine du logiciel libre, la Commission scolaire Beauce-Etchemin (CSBE) utilise de nombreuses technologies en code source ouvert pour répondre à ses divers besoins : pour ses infrastructures (courrier électronique, protection internet, surveillance, inventaire, serveurs de fichiers, authentification, etc.), pour la virtualisation (bureaux virtuels des enseignants et élèves), pour l'administration et pour la grande majorité des applications pédagogiques à l'ordinateur (APO).

Pour le directeur du service des technologies de l’information, Pierre Morin, « L’utilisation de logiciels libres est très profitable. Avec un parc informatique dépassant les 7 000 ordinateurs, il serait impossible financièrement de n'utiliser que des solutions propriétaires. (…) Nous avons ici un ratio de 2,6 élèves par ordinateur alors que la moyenne québécoise est de l’ordre de 4,8 élèves! Si nous n'utilisions pas de logiciels libres et s'il fallait payer des licences pour toutes les solutions implantées, nous ne pourrions en offrir autant. »

Comme quoi avoir la tête dans les nuages permet de devenir plus efficace et de faire plus avec moins d'argent!

 

Pour voir la liste des autres articles du cahier logiciels libres en affaires.

Les commanditaires du cahier Logiciels libres en affaires.

 

Aucun commentaire

Laissez un commentaire