Les logiciels libres en voie de devenir le 1er choix

24 novembre 2010 10:42 0 commentaire

La progression ces dernières années des logiciels libres dans les organisations européennes et américaines a de quoi confondre les plus sceptiques. Selon des sondages récents de Forrester Research et Accenture, la moitié des entreprises ont intégré le recours au code source ouvert parmi leur arsenal informatique. Bien plus, jusqu'à 38% des grandes entreprises envisagent de s'en servir pour des applications critiques. La récession et la volonté des entreprises de couper dans le gras expliquent en partie cet engouement.

La croissance des systèmes à code source ouvert a fait dire à l'analyste Jeffrey Hammond de Forrester Research, lors de la dernière conférence LinuxCon au mois d'août, que ces technologies, après avoir été l'apanage des innovateurs et ensuite des adopteurs précoces jusqu'au milieu de la dernière décennie, ont été graduellement adoptées depuis par les entreprises pragmatiques. Elles ont même commencé à faire leur chemin parmi les entreprises conservatrices en Europe.

Au coeur des opérations

Effectué auprès de 2175 grandes entreprises et PME en Amérique du Nord et en Europe au dernier trimestre de 2009, le sondage de Forrester a fait ressortir que 48% des entreprises utilisent des systèmes d'exploitation au code source ouvert et que 57% ont déjà installé des logiciels libres. Selon M. Hammond, le recours aux logiciels libres est même passé du vilain petit secret logé sur une machine marginale aux applications stratégiques.

En plus de la bourse Euronext NY Stock Exhange (voir De l'effet réseau comme rouleau compresseur), il cite le système de réservation de vols Sabre qui traite 30 000 transactions à la seconde après être passé sous Linux. Soumis au début de l'été à 300 grandes entreprises des secteurs public et privé des États-Unis, du Royaume-Uni et d'Irlande, le sondage d'Accenture indique pour sa part que 38% d'entre elles comptaient déployer des logiciels libres pour leurs applications critiques au cours de cet automne.

Cette proportion très forte est due au fait que le code source ouvert est très prisé par les grandes organisations où les économies en frais de licences sont très importantes en vertu du grand nombre d'ordinateurs qu'elles utilisent. Effectivement, le même sondage révèle que plus des deux tiers (69%) des entreprises comptent augmenter leur investissement en logiciels libres et que 65% ont mis en place une approche formelle d'implantation de ces systèmes.

De tels taux de pénétration dans les grandes entreprises sont même observés depuis quelques temps déjà en Europe. Selon un sondage auprès de 1 000 cadres supérieurs d'Amérique du Nord, du Royaume-Uni, de France et d'Allemagne, effectué en 2008 par le système libre d'intelligence des affaires Actuate, ils étaient 61,6% en France et 63,6% en Allemagne à considérer les logiciels libres comme première option ou à les ajouter parmi les options considérées.

Coûts moindres à la clé

La récession et la nécessité de couper dans les frais d'exploitation explique en bonne partie la plus récente progression du code source ouvert. Selon une enquête d'IDC commanditée par Novell au début de 2009 auprès de 330 organisations de plus de 100 employés en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, la crise a favorisé l'adoption du système d'exploitation Linux à grande échelle (près de la moitié des entreprises ayant l'intention d'accélérer leur déploiement de Linux et 49% voulant en faire leur premier choix pour leurs serveurs) alors que l'éclatement de la bulle Internet au début de la dernière décennie avait favorisé son envol. Les coûts moindres venaient à égalité à 24% avec l'interopérabilité de Linux avec les autres systèmes d'exploitation au sommet des facteurs principaux expliquant l'engagement accru des entreprises envers ce système. Ils étaient suivis de peu à 23% par la qualité du service.

La virtualisation (Voir Infonuagique et code source ouvert, un mariage naturel), une autre technologie associée aux mesures d'économie, favorise également la prolifération de Linux. L'enquête d'IDC indique que la décision de s'engager dans cette voie a pour effet dans près de 50% des cas d'accélérer l'adoption de Linux.

L'euphorie provoquée par toutes ces enquêtes est retombée quelque peu par contre au début de 2009 avec les prévisions du Gartner Group pour les années à venir  qui ont jeté une douche froide dans le camp du code source ouvert. La société de recherche a notamment évalué que 50% de toutes les implantations de logiciels libres au cours des cinq années suivantes ne procureraient aucune économie par rapport aux systèmes qu'elles remplacent.

Avec un bémol

L'argument du coût doit donc être jaugé prudemment même si les prosélytes du code source ouvert ont tendance à souligner, non sans raison, que Gartner s'est toujours montrée très prudente face au logiciel libre en tardant notamment à reconnaître son importance. Tous s'entendent sur le fait que les frais d'installation, de support et d'entretien peuvent être comparables à ceux des logiciels propriétaires lorsque le savoir-faire interne est peu élevé.

Alain Hotte, chef de projet en géomatique à la Communauté métropolitaine de Montréal et responsable du site de l'organisme qui repose entièrement sur le logiciel libre, observe toutefois que « pour que ça coûte plus cher en services internes ou externes et efface ainsi les gains obtenus dans la gratuité des licences, il faut qu'on s'enfarge dans le développement. Ce n'est pas vrai non plus qu'on installe du logiciel propriétaire et que ça marche tout seul. Avec les grosses implantations, on entend même fréquemment parler d'histoires d'horreur. »

Dans une entrevue à O'Reilly Radar, site peu susceptible d'écrire des âneries à propos du code source ouvert, Jeffrey Hammond précise pour sa part qu'il existe au moins un facteur pouvant entraîner des coûts comparables sinon supérieurs. « Que vous aimiez ça ou pas, utilliser du code source ouvert équivaut à implanter la meilleure architecture technologique qui soit. Et cela veut dire que ça prend quelqu'un pour intégrer les pièces ensemble. La bonne nouvelle, c'est que c'est faisable. Et vous avez toujours accès au code source si la solution n'est pas fournie avec le mode d'emploi. La moins bonne nouvelle, c'est que vous avez besoin d'architectes et de développeurs habiles. Et, en général, plus les praticiens sont qualifiés, plus leurs salaires sont élevés. C'est pourquoi la composante « coût de la main-d'oeuvre » peut contribuer à la hausse du coût total de possession d'un projet de logiciel libre », explique-t-il.

Ce facteur explique pourquoi, selon M. Hammond, les logiciels libres ont été implantés davantage dans les grandes et petites entreprises. Les grandes organisations n'ont aucune peine à réaliser des économies parce que leurs frais de licences sont énormes et que leur annulation finit par rapporter beaucoup sur plusieurs années. Dans une autre entrevue, M Hammond révèle d'ailleurs que les dirigeants de Sabre lui ont confié avoir effacé 100 millions $ à leurs coûts d'opération technologique au cours des dernières années. Les plus petites entreprises ont l'avantage pour leur part de partir de zéro très souvent et leurs employés disposent encore de plus de temps pour dompter la bête.

Que conclure ? Il nous semble que le seul argument des coûts peut être faible à l'occasion, du moins pour les moyennes entreprises à court et moyen terme. Elles n’y verront pas que du feu en partant.  Par contre, les logiciels libres l'emportent sans conteste sur plusieurs autres plans : indépendance face aux fournisseurs, flexibilité, interopérabilité et même sécurité accrues. Ces quatre qualités fournissent les meilleures conditions pour faire évoluer une infrastructure technologique harmonieusement et ne pas avoir à en reprendre des pans entiers lorsqu'on veut améliorer les processus. Chose certaine, la pérennité des développements est devenue le meilleur argument sur le Web où les refontes de sites sont fréquentes et doivent se greffer facilement aux systèmes en place.

 

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