Magento satisfait les plus exigeants en commerce électronique

24 novembre 2010 10:21 0 commentaire

L'offre de solutions de commerce électronique en code source ouvert a franchi un nouveau pas avec l'arrivée de Magento en mars 2008 dans le décor. Développé sur les bases de la plateforme osCommerce, la plus répandue jusqu'ici parmi les logiciels libres de commerce électronique, Magento s'est imposé en très peu de temps comme une option professionnelle sérieuse capable de concurrencer des systèmes propriétaires coûtant au minimum dans les cinq chiffres élevés et facilement dans les six chiffres. Nous avons repéré deux cas d'entreprises locales qui ont choisi de travailler avec Magento afin de voir ce qu'elles tirent de leur expérience.

Un an après sa sortie, le logiciel était déjà considéré comme un joueur émergent à surveiller dans un rapport Forrester Wave sur les plateformes les plus sophistiquées de commerce électronique. Forrester Research a réitéré la même évaluation dans la version 2010 du même rapport (disponible gratuitement ici en s'inscrivant) qu'on vient tout juste de rendre public. Cette distinction permet à Magento de sortir du lot des plateformes de commerce électronique à code source ouvert dont l'auteur de la Forrester Wave, Brian Walker, disait en juillet 2009 qu'elles étaient encore trop immatures pour jouer dans la cour des grands, c'est-à-dire des plateformes commerciales propriétaires.

Le développement de Magento a été entrepris au début de 2007 par Varien, une entreprise californienne spécialisée en commerce électronique et dans l'installation d'osCommerce qui était déçue de l'évolution de cette plateforme. Ses dirigeants étaient convaincus de pouvoir faire évoluer le produit beaucoup plus efficacement et rapidement qu'en demeurant dans le sillage d'osCommerce. Leur démonstration a été jugée convaincante par plusieurs grandes marques comme lenovo, Airbus, Adidas, Samsung et plusieurs autres.

Version gratuite amplement suffisante

Qu'elle soit considérée dans une classe à part que les autres plateformes de commerce électronique en code source ouvert n'empêche pas Magento d'être aussi utile aux PME. Si elles sont en mesure de se débrouiller à l'interne ou recourent au support de spécialistes, elles n'ont même pas besoin de débourser quoi que ce soit pour la version Entreprise payante (à 12 990 $ tout de même tout en étant beaucoup moins coûteuse que ses équivalentes propriétaires) et peuvent se contenter de la version communautaire gratuite.

C'est ce qu'a choisi David Lutzy, responsable des ventes en ligne du site d'Harricana, fabricant de chapeaux et foulards faits à partir de fourrures et de carrés de soie recyclés. Il a opté pour Magento l'an dernier après avoir étudié les différentes options offertes en logiciels libres. On avait décidé de passer aux transactions en ligne après avoir maintenu depuis l'an 2000 un site qui servait uniquement à mettre en valeur la marque et les produits.

Tout en s'étant contenté de la version gratuite, M. Lutzy spécifie que le budget minceur n'a pas été le principal point favorable au choix de Magento. « Il fallait que ça colle à nos besoins », précise-t-il.

Et les trois besoins primordiaux remplis par Magento ont été :

  1. la facilité des mises à jour;
  2. la synchronisation des ventes virtuelles avec la gestion de l'inventaire;
  3. la possibilité de fonctionner avec plusieurs boutiques simultanément en dirigeant les clients selon leur provenance dans l'une des quatre boutiques en mesure de les servir.

Le troisième point était particulièrement pratique puisque les prix sont différents selon les destinations. Pour les ventes en Europe, il faut tenir compte des frais de transport plus élevés et donc facturer un prix supérieur à celui demandé au Québec.
Recours à des connaisseurs « Le travail avec Magento est à poursuivre. C'est plus long que prévu », affirme M. Lutzy pour qui l'expérience n'a pas été positive sur toute la ligne. « L'important à retenir, selon lui, c'est qu'il faut faire appel à des spécialistes quand on ne maîtrise pas l'outil soi-même. »

Trouver ces spécialistes lorsqu'il a arrêté son choix aurait été difficile de toute façon et Harricana s'est débrouillée avec son fournisseur existant qui a fait ce qu'il a pu. Depuis, il a rencontré au printemps dernier un spécialiste, Julien Galtier, (voir Le code source ouvert à la portée des PME en commerce électronique) qui s'est installé récemment à Montréal pour développer les affaires de Baobaz, une agence web française spécialisée en commerce électronique qui combine une excellente connaissance de Magento et une très grande familiarité avec le monde de la mode.

Trois points reliés à Magento devront être améliorés en priorité :

  1. Révision de ce qui a été fait déjà afin d'augmenter le taux de conversion des visiteurs en clients qui achètent;
  2. bonifier les catalogues;
  3. améliorer l'expérience client à l'aide du visuel et de l'ergonomie en vue d'aider les visiteurs à trouver facilement le produit qu'ils cherchent.

Interrogé à savoir s'il ne craint pas de frustrer les points de vente qui distribuent les produits d'Harricana, M. Lutzy est tranquille parce qu'on ne fait pas de promotions en ligne avec des prix différents de ceux en magasin et que plus le site sera efficace, plus il contribuera à l'augmentation des ventes hors ligne. « Beaucoup de gens, dit-il, ne font que s'informer sur Internet et préfèrent encore se procurer leurs articles dans des commerces avec pignon sur rue. »

Logiciels libres ≠ satisfaction garantie

Fanny Héraud, associée du site Dites-Vert, n'a pas à ménager de magasins hors ligne pour sa part. Son entreprise est un pur joueur Internet qui a choisi de vendre uniquement des produits éco-responsables, faits de façon durable, de matières recyclées ou avec une main-d'oeuvre locale. Le commerce est opéré par elle et son conjoint quoiqu'elle soit la seule à s'en occuper à plein temps.

Dites-Vert existe depuis deux ans. Il a été mis en ligne en étant transactionnel dès le départ. Mme Héraud était très peu satisfaite de la solution employée, soit le module de commerce électronique VirtueMart qui accompagne le système de gestion de contenu Joomla.

« Ça fonctionnait, dit-elle, mais c'était très lourd. La résolution de problèmes prenait du temps parce que le support de la communauté Joomla laisse à désirer. C'est un peu normal puisque cette plateforme n'est pas utilisée principalement pour le commerce. »

Conseillés par Cédric Fontaine, propriétaire de Terroirs Québec et trésorier de notre entreprise, la Coop de solidarité Innov X.0, les promoteurs de Dites-vert ont choisi de migrer dans Magento. « Ça m'a obligé de repartir à zéro. Et je n'ai pas attendu de maîtriser Magento pour la mise en ligne. Les utilisateurs de la plateforme participent beaucoup et nous conseillent comment faire au besoin. »

Apprivoisable pour qui n'a pas froid aux yeux

Le cas de Dites-vert présente en effet cette particularité intéressante d'avoir été mis en ligne par sa seule responsable sans aucun bagage technique supérieur à la moyenne des gens. Mme Héraud, qu'on devine dans la jeune trentaine à sa voix, explique que la chose est peu extraordinaire pour les gens de son âge. « On a sûrement moins peur de la technologie. Comme j'ai un peu de formation en graphisme et en photo et que je suis très curieuse en matière d'informatique, j'avais tout ce qu'il faut pour y arriver avec mes propres moyens. J'aime bien être indépendante. »

« Je ne peux pas coder en PHP, mais j'en saisis la logique, précise-t-elle. Je ne comprends pas les solutions proposées nécessairement, mais je suis capable de les appliquer. Et ça fonctionne. C'est ce qui est important. »
En procédant par essais et erreurs, Mme Héraud a mis un mois avant de pouvoir afficher publiquement le nouveau site. Elle est très satisfaite du résultat. « Les rapports de gestion des commandes, la programmation des produits, la gestion des inventaires, tout est plus rapide maintenant », dit-elle.

Le ménage a été fait en repartant à zéro et les processus employés ont été uniformisés. L'installation est jugée très solide par sa responsable. Elle va devoir investir encore du temps dans l'optimisation des contenus pour les moteurs de recherche. « Il faudrait que je creuse de ce côté-là. On dit heureusement que Magento est bien conçu pour ce besoin », indique Mme Héraud.
Elle est convaincue de la pertinence de son approche et de sa rentabilité à moyen terme parce que cela lui a permis de limiter au maximum les frais de départ. Il aurait fallu débourser au moins 10 000 $ pour arriver au même résultat avec un intégrateur extérieur qui n'aurait même pas monté le catalogue pour ce prix. « Je ne considère pas valoir aussi cher de l'heure que ce qu'on aurait dû défrayer en sous-traitance. C'est donc déjà rentable de m'en être occupé moi-même », conclut Mme Héraud.

 

Pour voir la liste des autres articles du cahier logiciels libres en affaires.

Les commanditaires du cahier Logiciels libres en affaires.

Laissez un commentaire