Rien qu’une question de gros bon sens

Le logiciel libre est-il là pour rester ? Les entreprises, petites, moyennes et grandes sont-elles prêtes pour le logiciel libre ? Sommes-nous prêts collectivement à économiser des milliards de dollars en moins de dix ans ? Pour l’accès à une sélection incroyable de produits ? Pour une source de support et de services d’un nouveau genre ? En admettant que les choses sont rarement aussi simples sur le plancher des vaches que sur papier, revoyons ensemble les principaux avantages des logiciels libres.
Depuis la formalisation de la notion de logiciel libre, une conclusion est indéniable. Le logiciel libre sauve des milliers de dollars aux entreprises en produits de toutes sortes. En effet, il est difficile de rivaliser avec un produit qui est gratuit.
À l'installation, le choix est limpide
Prenons le temps de faire une petite comparaison. Un poste standard en entreprise est composé au minimum de :
- Un système d'exploitation,
- Une suite bureautique,
- Un logiciel de service d’authentification centralisé (serveur de domaine)
- Un logiciel de service de courrier électronique
- Un anti-virus
Les coûts pour chaque poste avec les systèmes commerciaux les plus populaires :
- Windows : 300 $/1 fois (plus mises à niveau aux 3 ans environ 180$)
- Office professionnel : 480 $ /1 fois (plus mises à niveau aux 3 ans environ 150$)
- Licences accès client : 50 $/annuel
- Licence accès Courriel : 50 $/annuel
- F-Secure : 50 $/annuel
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Total de déploiement : 930 $/poste
Frais d'entretien : 150 $/annuel par poste
Les coûts pour chaque poste avec les logiciels libres équivalents:
- Distribution GNU/Linux: gratuit
- Open Office: gratuit
- Licences accès client: inexistant
- License accès courriel: inexistant
- ClamAV: gratuit
Donc, au déploiement, l'économie est de 930$/poste et annuellement de 150$/poste sans compter les mises à jour, souvent mises de côté par les entreprises jusqu’au moment où une nouvelle fonctionnalité indispensable les contraint à faire une mise à niveau. Il n’est pas question ici de mises à jour de sécurité, mais de mises à jour de version comme, par exemple, passer de Microsoft Office 2007 à Microsoft Office 2010.
Pour une entreprise avec une dizaine de postes, l’économie est intéressante: 9 300$ au déploiement et 1 500$ par année. Mais ce n'est rien comparé à l'entreprise qui possède 3 000 postes et pour qui l’économie représente $2 790 000 au déploiement et $450 000 annuellement.
À cette économie, il faut ajouter le coût des logiciels de serveurs ainsi que leurs contrats d’entretien qui s’élèvent à plusieurs milliers de dollars annuellement. Et on ne s'est arrêté uniquement qu'aux systèmes de base qui permettent de fonctionner un minimum. Évidemment dans le cas d’une migration, il faudra calculer les coûts pour le transfert des machines existantes vers le nouveau système. Ce qui sera aussi le cas pour une migration d’une version à l’autre d’un système Microsoft. Cependant, les recherches et les tests de compatibilités de logiciels occasionnent des frais inexistants si on maintient les systèmes en place.
Toutefois pas à la hauteur des économies de licences.
Une sélection incroyable de produits
Évidemment, il n’y a pas que les logiciels de bureautique. Les besoins des entreprises en ce sens sont multiples et grandissants. Qu'il s'agisse de gérer une voûte documentaire, des systèmes de collaboration, de gestion des ventes, des contacts, etc., il existe maintenant une variété de logiciels libres pour répondre à l'ensemble des besoins des entreprises.
Assortis de fonctionnalités variées, ils nécessitent de faire le bon choix pour répondre aux besoins précis que l'on veut combler. Certains logiciels sont spécialisés comme Vanilla, un logiciel de forum, ou encore WordPress, le plus répandu pour la publication de blogues. Alors que d’autres, comme Tiki-Wiki, multiplient les fonctionnalités qui peuvent être activées et désactivées au besoin.
De plus, comme la philosophie à la base du logiciel libre repose sur la collaboration, différents projets peuvent s'intégrer ainsi facilement dans une même solution globale. Il existe ainsi des logiciels pour la gestion des calendriers, ventes, contacts, blogues et forums que l'on peut de plus en plus aisément interfacer les uns avec les autres. Bien sûr, on dispose aussi de toutes les applications serveurs utiles pour gérer de façon centralisée le trafic qui en découle.
Les logiciels libres ont pris définitivement le haut du pavé pour la publication de sites web. Parmi les plus populaires, citons Drupal, utilisé par Reader’s Digest et la Maison Blanche à Washington, WordPress, utilisé par La Presse, Typo3 , utilisé par plusieurs instances publiques et para-publiques du Québec, TikiWiki, utilisé par la Mozilla Fondation et l'encyclopédie en ligne Wikipedia, Alfresco, utilisé par les HEC de Montréal, et Vanilla, utilisé par delicious.
On m'objectera certainement : oui, mais comment s'y retrouver avec autant de solutions pour un seul besoin ? Les logiciels libres ne manquant pas de prosélytes, on peut dénicher avec un effort raisonnable (ou se faire aider dans des forums appropriés) l'information utile pour nous guider. Pour sélectionner un SGC à la mesure de ses besoins sur le Web, il existe aussi plusieurs site dont CMS Matrix qui catalogue les différents produits disponibles selon leurs fonctionnalités.
Support et services d’un nouveau genre
Il ne faut pas oublier bien entendu l’importance du support et du service disponibles avec les logiciels. Les fabricants de logiciels propriétaires jouent d'ailleurs sur ces aspects pour effrayer leurs clients tentés par le logiciel libre et les inviter à réfléchir aux coûts cachés de cette option qui ne bénéficie pas de l'appui d'organisations solides et établies sur le marché depuis plusieurs années.
Or, qu’est-ce qui définit un bon support ? En voici les principaux points :
- La documentation;
- L’accès au soutien technique;
- La possibilité de rappporter des bogues;
- Les mises à jours régulières;
- L’adaptabilité aux besoins de l’entreprise
- et l’accès à des ressources spécialisées
Les trois premiers points sont implicites avec le modèle même du logiciel libre. En effet, le logiciel libre est un effort de groupe. Le travail est effectué par différents individus dans une communauté ouverte. La documentation est donc une partie intégrale du processus de développement et le soutien technique un simple exercice de communication où se côtoient utilisateurs et développeurs.C’est d’ailleurs, à ma connaissance, la première fois qu’un modèle de support permet aux utilisateurs et aux développeurs une entraide en temps réel et dans toutes directions. Il n’est pas rare de voir un développeur profiter des efforts d’un utilisateur pour identifier un problème avec les fonctionnalités du système ou même un bogue présent uniquement dans un environnement spécifique. Avec un produit propriétaire, ces petits problèmes doivent être souvent réglés par le client quand il ne veut pas faire rouler le compteur des heures facturées par son intégrateur. Le support inclus avec le logiciel libre comprend donc la collaboration avec l’utilisateur final afin d'assurer la validation, la correction, la discussion de l’information et son enrichissement au profit de toutes les parties.
Les mises à jours régulières sont aussi une priorité dans tous les projets sérieux. Cependant, grâce à « la liberté d'améliorer le programme et de publier ses améliorations », lorsqu'un bogue n’est pas rapidement corrigé par la communauté des développeurs, il est possible d’engager un ou des programmeurs pour corriger l’erreur. Il s'agit d'une particularité propre aux logiciels libres qui a pris la forme d'un nouveau type de service.
Les entreprises aux prises avec une demande spécifique ont la possibilité de l'exposer en ligne en lui attribuant le montant qu’elles sont prêtes à débourser pour obtenir une solution. Une fois la tâche accomplie, le montant est distribué entre les membres de la communauté qui ont participé à la solution. L’adaptabilité aux besoins de l’entreprise peut être réglée de la même façon. Les entreprises les plus avancées peuvent ainsi se lancer à l'eau avec leurs ressources internes déjà aguerries et recourir aux services de programmeurs spécialisés uniquement lorsqu'elles rencontrent un problème insurmontable. Cependant, les entreprises peu familières avec les logiciels libres auront avantage au début à travailler avec un intégrateur spécialisé.
Et justement, l'accès à des ressources spécialisées, notre dernier point, ne fait aucunement défaut. Le modèle basé sur « la liberté d'étudier le fonctionnement du programme » est encore une fois un avantage à ce niveau. On est en présence d'un environnement favorable à l’apparition de développeurs avec des connaissances spécialisées. Les travailleurs qui utilisent le produit ont la possibilité d’apprendre à connaître le produit plus en profondeur grâce au code libre et peuvent ainsi développer leurs capacités au delà de ce qui serait possible avec un logiciel fermé. Il devient ainsi plus facile d’intégrer les produits les uns aux autres et, surtout, de trouver des ressources capables de le faire.

Cercle vertueux
Le logiciel libre est là pour rester et il prend de l’ampleur. Pensez aux cellulaires et à la force d’Android. À Internet dont la majorité des sites d'envergure roulent sur des serveurs Apache en code source libre. Plus il y a de développement avec l’apport des entreprises qui font migrer en plus grand nombre graduellement leurs systèmes vers des produits en code source libre, plus il y aura d’économie et de qualité avec des versions améliorées qui bénéficieront d'un support étendu à de plus en plus de situations variées. En ne faisant plus peur désormais aux entreprises les plus prudentes en matière de technologies, le mode de développement des logiciels libres a franchi le point de non retour.
Son effet d'entraînement est en train de convertir les uns après les autres les fournisseurs de logiciels propriétaires qui, faute d'ouvrir leur code source, sont obligés de faciliter la collaboration entre leurs produits et les logiciels libres. Ces tactiques pouvaient être assimilées au début à des tentatives de freiner la progression des logiciels libres. Elles ne sont plus maintenant que des recours de dernière heure pour ralentir leur propre déclin.
En profitant des boucles de rétroaction et de collaboration entre utilisateurs et développeurs, la roue des logiciels libres a pris une vitesse de croisière impossible à arrêter désormais. Profitant de ce cercle vertueux où les intérêts des premiers rencontrent ceux des seconds, l'approche offre trois avantages majeurs : économie, variété et service.
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