La Tablée des Chefs : du B2B optimisé en économie sociale

22 février 2011 11:25 0 commentaire

La fluidité des échanges d’information sur le Web a été exploitée abondamment à l’échelle internationale à partir du Québec par Mediagrif, histoire à succès locale méconnue, avec sa douzaine de places de marché électroniques. À notre échelle, La Tablée des Chefs, OBNL mis sur pied pour véhiculer l’implication sociale des chefs cuisiniers du Québec et de leurs établissements, vient de faire la même chose avec l’aide de l’agence Absolunet. L’organisme a remporté l’an dernier le Phénix de l’environnement pour la mise en place de son service de courtage qui récupère les surplus des banquets tenus dans les établissements participants pour les distribuer ensuite aux organismes affiliés à Banques alimentaires Québec.

Le courtage des surplus de banquets constitue l’un des trois modes d’implication des participants individuels ou corporatifs à La Tablée des Chefs. Les chefs peuvent également donner de leur temps dans des corvées de préparation d’aliments distribués ensuite dans le circuit de Banques alimentaires Québec ou former des jeunes lors d’ateliers culinaires offerts dans des écoles en milieu défavorisé.

Catherine Bagdian, directrice du développement des affaires et du marketing à la Tablée des Chefs, indique que l’organisme existe depuis 2002 et que son site avait servi jusqu’en 2010 uniquement à diffuser de l’information à propos de sa mission. La nécessité étant mère de l’invention, la volonté d’aller plus loin s’est imposée lorsque le volet courtage est devenu une activité lourde à gérer à cause de son ampleur croissante.

En collaboration étroite

« On a commencé par offrir le service à la bonne franquette en traitant les échanges un par un au téléphone principalement. L’intérêt des hôtels et des centres de congrès a vite dépassé nos capacités de gestion à la mitaine. On avait besoin d’un système pour faciliter la liaison entre les fournisseurs de surplus et les organismes qui en profitent, » commente Mme Bagdian.
Au début de 2010, la décision a été prise de formaliser les processus et le site web est apparu comme l’endroit approprié pour loger l’application. Mme Bagdian avait eu l’occasion de travailler avec Absolunet dans une autre vie et elle les a invités à participer à l’appel d’offres que la Tablée des Chefs a soumis également à deux autres agences. Intéressée au projet en étant très active dans le secteur des associations et des OBNL, Absolunet l’a emporté en étant ouverte à transférer une partie des coûts sous forme de partenariat.

L’organisme et son agence ont élaboré conjointement les fonctionnalités utiles. « On avait le concept, mais on ne savait pas ce qu’il était possible de faire techniquement. Ils sont venus avec des idées qu’on n’avait pas vues. Nos besoins étaient passablement différents de ceux d’un site courant. Il y a beaucoup de processus invisibles aux participants, » note Mme Bagdian.
Charles Desjardins, associé d’Absolunet en charge de la vice-présidence vente et marketing, acquiesce tout à fait en soulignant que l’automatisation des processus à mettre en place relevait d’une problématique nouvelle pour l’agence. Les profils des donateurs et des organismes alimentaires devaient être appariés selon la nature des dons (quantité, lieu de collecte, etc.).

Développement par blocs livrés aux trois semaines

« L’intermédiation du web est d’autant plus appropriée que La Tablée des Chefs ne touche jamais aux aliments eux-mêmes, » explique M. Desjardins. Tout indiqué cependant que soit un site web pour faire du courtage, il a fallu tout de même se soucier constamment de répondre aux besoins réels du client.

Dans ce contexte, le défi pour Absolunet a été de mener ce projet avec la méthode Agile de développement de projet. Au lieu de vouloir, comme c’est le cas dans un projet classique, tout prévoir à l’avance avec une analyse fonctionnelle détaillée avant de passer ensuite en production pour voir les résultats uniquement à la fin, on a découpé le projet en blocs livrés dans des délais d’environ trois semaines de telle sorte que le client a été impliqué au fur et à mesure. « Il aurait été possible pour Mme Bagdian, si elle en avait eu le désir, de participer aux rencontres quotidiennes de l’équipe de production, » précise M. Desjardins.

Le site est en mesure de traiter aussi bien les ententes applicables sur une base récurrente que les demandes ponctuelles pour y inscrire des surplus alimentaires en provenance d’un événement unique. Tous les processus sont automatisés jusqu’à l’attribution des surplus aux organismes désireux d’en disposer. Le choix final est toutefois arrêté par les responsables de La Tablée des Chefs qui s’assurent que ce ne soit pas toujours les mêmes qui en profitent.

Les établissements doivent payer 50 $ à chaque fois qu’ils utilisent le système. Ces frais couvrent le coût du matériel d’emballage (fourni par La Tablée des Chefs pour des raisons d’hygiène) et l’embauche d’une conseillère pour aider les organismes d’entraide à gérer la distribution de biens périssables.

La section de courtage du site a été mise en ligne en novembre dernier après six mois de développement. Elle comporte quelques ajouts par rapport au concept de départ qui ont été jugés pertinents en cours de route. On peaufine d’ailleurs déjà le service en facilitant la tâche des organismes d’entraide qui doivent remplir un bon pour décrire les surplus alimentaires qui leur ont été accordés. La Tablée des Chefs a besoin de ces données pour mieux connaître son service et éventuellement l’améliorer.

Cette initiative fournit un bon exemple à l’effet que l’économie sociale peut s’appuyer sur la technologie pour augmenter son efficacité et sa productivité. Tout le monde y gagne parce qu’il est possible ainsi d’augmenter la portée de dizaines de gestes isolés par leur synchronisation automatique sur Internet sans devoir passer par un accroissement proportionnel des ressources à la base du service offert.
 

 

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